Page:Huysmans - L'Oblat.djvu/33

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Cette page n’a pas encore été corrigée


4 heures moins 10 — plus une minute — fit Durtal qui consulta sa montre.

— Nous allons aux vêpres ?

— Certainement, d’autant que ce sont celles de l’exaltation de la sainte croix, ce soir.

— Alors, je vais voir, pour mon début, un bel office ?

— Voir, non ; entendre, oui ; cette fête est un double majeur et ne comporte pas le luxe que vous pourrez admirer aux doubles de première classe, à noël, par exemple ; mais si vous n’assistez pas à une magnifique cérémonie se déroulant, dans les méandres enflammés du chœur, vous écouterez au moins un office splendidement composé avec ses merveilleuses antiennes et son hymne brûlante, teinte de sang.

Ils étaient arrivés, en devisant, devant l’église.

— Oh mais, elle est antique ! s’exclama Mme Bavoil, en regardant le porche qui arborait le ton de la pierre ponce et se fleurissait de mousses, couleur d’orpiment et de laque verte.

— Oui, le clocher et le porche sont du quinzième siècle, mais tout le reste de l’église est neuf. L’intérieur a été reconstitué, tant bien que mal, enlaidi par un affreux chemin de croix, éclairé, sauf le fond, par des vitres blanches ; l’église du Val des Saints n’est plus qu’un souvenir inexact de ce qu’elle fut dans sa jeunesse ; cependant, l’abside avec ses anciennes stalles qui proviennent d’une autre abbaye et son autel qui, bien que moderne, est habile, n’est pas trop offensante ; jugez-en.

Ils entrèrent ; la nef s’étendait, assez vaste, sans piliers, écartelée d’un transept contenant, d’un côté, une chapelle