Page:Huysmans - L'Oblat.djvu/35

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les moines entraient, deux par deux, derrière l’abbé, seul, reconnaissable à sa croix pectorale d’or ; et ils montaient les quelques marches du chœur, devant la barre de communion, s’agenouillaient par couple devant l’autel, puis après s’être relevés, se saluaient et gagnaient leurs places, l’un, à gauche du côté de l’évangile, l’autre, à droite, du côté de l’épître ; et tous, à genoux alors, se signaient le front et les lèvres, se redressaient à un petit coup frappé par le père abbé sur son pupitre et, courbés en deux, attendaient un nouveau coup pour commencer l’office.

None se déroula, simplement psalmodié, et lorsque les moines eurent terminé, ils restèrent debout, inclinés 9 encore, en silence, jusqu’à ce que l’Abbé eût donné le signal d’entonner Vêpres.

Les psaumes étaient ceux des dimanches, si fréquents dans la liturgie des autres jours que Durtal les savait forcément par cœur ; l’intérêt reprenait surtout pour lui aux antiennes, au répons bref et à l’hymne ; mais, ce soir-là, il rêvait non pas au loin de l’office, puisque l’office était la cause même de ses songeries, mais dans ses alentours ; il se répétait l’histoire de cette Exaltation de la Croix, qu’il avait lue, le matin, dans les Légendaires du Moyen-Age.

Et c’était d’abord la confuse évocation d’une indécise Asie, grimaçante et quasi folle ; puis la vision se précisait, s’arrêtait sur le ravisseur du gibet sacré, sur l’étonnant Khosroës qui, au septième siècle, envahit le territoire de la Syrie, prit d’assaut Jérusalem qu’il pilla, s’empara du grand prêtre Zacharie et, triomphalement, ramena, dans son royaume de Perse, le bois de la vraie