Page:Huysmans - L'Oblat.djvu/50

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D’une voix qui s’enfla, un peu, vers la fin, l’Abbé reprit :

— Oremus. Benedic, Domine, nos et haec tua dona quae de tua largitate sumus sumpturi. Per Christum, etc.

— Amen.

Et, dans le silence, la voix fraîche du novice en chaire psalmodia sur un ton grave à la fois et joyeux : Jube, Domne, benedicere.

Et l’Abbé répondit :

— Mensae coelestis participes faciat nos Rex aeternae gloriae.

— Amen, dirent ensemble tous les moines et ils saisirent et déplièrent leur serviette qui contenait, en son rouleau, le couteau, la fourchette et la cuiller.

La table des hôtes était au milieu de la pièce, en face et près de celle du père Abbé, qui la dominait, car elle n’était pas établie, ainsi que la sienne, sur un rebord de bois, mais à même sur le sol. Elle était séparée par un large espace vide de celle des convers, installée également sur la chaussée, mais à l’autre bout de la pièce, près de la chaire.

Deux pères, en tablier bleu, servaient les religieux et les frères. Le père hôtelier était chargé des invités.

Le dîner des hôtes, car l’on appelait au cloître le déjeuner dîner et le dîner souper, était composé d’un bouillon épaissi par des îles réunies de semoule, d’un bœuf nature, d’un gigot aux haricots, d’une salade durement vinaigrée, d’une crème liquide que l’on buvait avec une cuiller à soupe et d’un peu de fromage.

Celui des moines était le même — le gigot et la crème en moins.