Page:Huysmans - L'Oblat.djvu/57

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grognon mais complaisant et généreux. Il était aussi très pieux mais il ne détestait pas les plaisanteries salées et aimait à rire. Il était le seul qui fût bourguignon, parmi tous ces gens issus de pays différents et répandus, pêle-mêle, dans l’enclos du cloître.

— Voyons, fit le père hôtelier qui rentra, une cafetière à la main, le fourneau s’était éteint et je ne voulais pas pourtant vous offrir du café froid ; cela m’a mis un peu en retard, excusez-moi et veuillez vous sucrer.

Il remplit des tasses microscopiques et versa dans des petits verres, de la valeur d’un dé à coudre, quelques gouttes d’eau-de-vie blanche.

— Eh bien, dit Dom de Fonneuve, à Durtal, êtes-vous satisfait de la cérémonie de ce matin ?

— Mais oui, mon père, les novices s’en sont expertement acquittés.

— Il faut qu’ils le sachent, car cela les rendra heureux ! s’écria le brave prieur.

La saint Placide était, en effet, un événement dans les monastères de saint Benoît ; ce saint était le patron des novices et ils remplaçaient les pères qui s’effaçaient devant eux ce jour-là. Ils exécutaient l’office, entonnaient les antiennes, chantaient les morceaux, étaient, en un mot, les maîtres du chœur.

— Vous avouerez bien pourtant, mon cher Durtal, fit M. Lampre, que si le père chantre n’était pas venu à leur aide pendant le gloria in excelsis et le graduel, ils n’en seraient pas sortis !

— Mais avouez aussi, répliqua Durtal, que le plain-chant de cette messe est difficile à chanter et, qui plus est, irritant par ses simagrées, et laid.