Page:Huysmans - L'Oblat.djvu/61

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chantres de Saint-Gervais, est de la musique d’église. Et moi, j’en doute. Ce système de chevauchées de voix qui galopent les unes sur les autres pour se rattraper à la fin et atteindre en même temps le but, c’est de l’art de steeple-chase ; ça devrait s’entendre dans une enceinte de pesage et non dans le logis du Christ ; car ça n’a, au demeurant, aucun rapport de près ou de loin avec un cri de l’âme, avec une prière !

— Ces excès de la fugue et du contrepoint ne me disent à moi non plus rien qui vaille, répliqua Dom de Fonneuve ; cet art-là sent le théâtre et le concert ; il est personnel et vaniteux. — Alors, en quoi cette musique en état de péché peut-elle bien intéresser et les fidèles et le prêtre ?

— Elle adule le goût anti-liturgique des uns et des autres, fit, en riant, Durtal.

— Pour en revenir à nos novices, reprit Dom Felletin qui jugea bon, sur cette dernière remarque, de détourner la conversation — que n’écoutait pas d’ailleurs le prêtre de passage, en train de discuter sur la crise vinicole, avec le père hôtelier, — tenez compte qu’ils n’ont eu, faute de temps, que deux répétitions et convenez qu’à part le gloria raté, ils s’en sont adroitement tirés !

— Oui, père, et ce que le frère Blanche, sous sa lourde chape et avec le bâton du préchantre, était glorieux et charmant !

Le père Abbé souriait. — N’est-ce pas qu’il est gentil, ce brave enfant ! Et les autres ne le sont non moins ; c’est la bénédiction d’une abbaye que ces petits-là ! Et il énumérait ses poussins : ce frère Blanche est pieux comme un ange ; il aime l’archéologie et raffole de la