Page:Huysmans - L'Oblat.djvu/70

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la nuit, devant leur porte, lorsqu’il les a rendus, dans la journée, trop malheureux ; mais avec toutes ses vertus, il est, de même que le père hôtelier, rongé par les scrupules et, dame, les autres s’en ressentent ; puis, ce qui est pis, selon moi, c’est qu’il détient une conception de la vie Bénédictine, effrayante pour l’avenir de l’Ordre.

À ses yeux, la vocation se résume en une obéissance passive…

— Eh mais ! s’exclama Durtal.

— Permettez-moi de finir ; elle se résume surtout en une adresse à évoluer dans les solennités du chœur. Celui de ses novices qui remplit, à la satisfaction de Dom d’Auberoche, le maître des cérémonies, l’office de céroféraire, qui sait porter le flambeau bien droit, en laissant passer, entre ses doigts repliés, les fausses turquoises et les faux cabochons dont il est paré, celui-là possède la vocation Bénédictine !

Il rêve à des êtres futiles tels que lui ; il prône l’investiture de gens dont on ne voudrait pas dans le dernier des séminaires ; le recrutement qu’il effectue est au-dessous de tout ; il recueille des élèves refusés par tous les autres instituts, des particuliers qui se font moines parce qu’ils seraient inaptes à faire autre chose dans la vie ; et il les destinera cependant à la prêtrise, s’ils se plient à ses manies ! Dom Felletin a beau se défendre, il réussit à imposer ce genre de novices au père Abbé qui s’imagine que la prospérité d’un monastère réside dans un nombre toujours croissant de postulants !

Il sera joli, dans quelques années, le niveau intellectuel Bénédictin pour peu que ça dure de la sorte !