Page:Huysmans - L'Oblat.djvu/71

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Et notez que ce n’est pas seulement ici que l’étiage des cervelles baisse, reprit M. Lampre, après un silence. Dans les autres abbayes, il en est de même. La plupart recrutent, avec quelques ecclésiastiques plus ou moins érudits, des commerçants, des gentilshommes, des officiers, des enseignes de vaisseaux, des notaires. Évidemment, ceux-là sont très supérieurs à ces frères Marigot et Vénérand, ces embauchés du père Emonot, dont le révérendissime nous avouait la parfaite inintelligence, tout à l’heure ; mais sont-ils, par leur éducation première même, capables de devenir ce que j’appelle, moi, de véritables Bénédictins ? Allons donc ! Il ne sortira jamais de ces noviciats-là, des Dom Pitra, des Dom Pothier, des Dom Mocquereau, des Dom Chamart, des Dom de Fonneuve, des moines dignes de continuer la tradition de saint Maur !

— Mon Dieu ! fit Durtal, s’ils devenaient seulement des saints ! Ne croyez-vous pas que cela vaudrait mieux que de devenir des savants ? On parle toujours de saint Maur dont la congrégation moderne de Solesmes est l’héritière ; mais quoi ! Il y a bien le père Mabillon, le père Monfaucon, le père Martène, le père Luc d’Achery, le père Ruinart, pour en citer cinq, mais il n’y a pas de saint Mabillon, de saint Monfaucon, de saint Martène, de saint Luc d’Achery, de saint Ruinart ; la communauté de saint Maur n’a pas donné au ciel un seul saint, est-ce enviable ?

Et puis… et puis… la science Bénédictine — est-ce que, sauf pour la paléographie musicale, l’École des Chartes ne lui dame pas partout le pion ? — la vérité est que sa place est maintenant prise par des laïques.