Page:Huysmans - L'Oblat.djvu/72

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Ce n’est point du côté de la science, mais du côté de l’art que l’ordre de saint Benoît doit s’orienter, s’il veut conserver l’aloi de son ancien renom ; il faut qu’il recrute des artistes pour rénover l’art religieux qui s’inanime ; il faut qu’il obtienne pour la littérature et pour l’art les résultats qu’ont obtenus Dom Guéranger pour la liturgie et Dom Pothier pour le chant. L’Abbé de Solesmes, lui, l’a bien compris et il a aiguillé, quand il l’a pu, sur cette voie. Il avait, parmi ses moines, un architecte de talent ; il le chargea de construire les nouveaux bâtiments du monastère et Dom Mellet a taillé dans le granit un monument admirable de simplesse et de force, la seule œuvre d’architecture monastique qui ait été créée dans notre temps. Il faudrait maintenant des littérateurs, des statuaires, des peintres ; il faudrait, en un mot, reprendre non la tradition de saint Maur, mais celle de Cluny…

Il est vrai, qu’à mon humble avis, ce sera beaucoup plus avec l’oblature qu’avec la paternité que se réalisera ce dessein…

— Peut-être avez-vous raison ; mais, cette question d’art mise de côté, vous me laisserez vous dire que la préférence que vous attribuez à la piété sur l’intelligence, dans une abbaye, ne se justifie guère ; car, enfin, rien n’est plus hasardeux que d’accepter, comme père, un homme inintelligent, sous le prétexte qu’il vit en Dieu. La piété, la sainteté même, peuvent, en effet, disparaître, mais la bêtise, elle, elle reste !

— Au fond, la discussion est bien vaine, lorsqu’on y songe ; car l’avenir de l’Ordre est menacé par des dangers autrement graves que ceux dont nous venons