Page:Huysmans - L'Oblat.djvu/78

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— Bien, jeune homme — le père Miné qualifiait de ce titre tous les gens de moins de soixante ans — et, en cherchant du taffetas dans ses boîtes, il dit, parlant plus à lui-même qu’à Durtal :

— Comment utilisait-on cette poudre prônée par la médecine du Moyen-Age qui l’étiquetait poudre de lamproie, parce qu’elle la fabriquait avec la tête calcinée de ce poisson ?

— Je l’ignore, répondit Durtal.

— Oui, reprit le vieux, suivant son idée ; cet inventaire que je dépouille d’un apothicaire de Dijon, au quinzième siècle, est des plus curieux. Nous retrouvons là ces médicaments périmés qui avaient certainement leur raison d’être et n’empoisonnaient point en tout cas comme les alcaloïdes des chimistes de notre temps ; mais tout n’est pas clair dans ce grimoire. Je découvre bien, parbleu, que la conserve dite anthos n’est autre qu’une conserve de fleurs de romarin, que le Goliamenin est le bol d’Arménie, mais le Samenduc, qu’est-ce que c’est ? à quoi servait le Samenduc ?

Et il regardait Durtal, en hochant la tête.

Malencontreusement, pour répliquer quelque chose, Durtal lança :

— Mais, père, peut-être que ces renseignements sont consignés dans un volume de la bibliothèque, là-haut ? Le vieillard eut un sursaut et il se déchaîna.

— La bibliothèque, s’écria-t-il, vous me la baillez belle ! Est-ce que j’ai jamais pu obtenir que l’on acquît des collections de nos anciens codex et de nos antiques formulaires ? Ces volumes-là, ils sont toujours trop chers lorsque je signale leur passage dans les ventes. Trop