Page:Jean de Léry - Voyage au Brésil - Gaffarel vol 1, 1880.djvu/158

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Quant au nez, au lieu que les sages femmes de par deçà, dés la naissance des enfans, à fin de leur faire plus beaux et plus grans, leur tirent avec les doigts : tout au rebours, nos Ameriquains faisans consister la beauté de leurs enfans d’estre fort camus, si tost qu’ils sont sortis du ventre de la mere (tout ainsi que voyez qu’on fait en France es barbets et petits chiens) ils ont le nez escrasé et enfoncé avec le pouce : ou au contraire quelque autre dit, qu’il y a une certaine contrée au Peru, où les Indiens ont le nez si outrageusement grand, qu’ils y mettent des Emeraudes, Turquoises, et autres pierres blanches et rouges avec filets d’or.

Au surplus, nos Bresiliens se bigarrent souvent le corps de diverses peintures et couleurs : mais surtout ils se noircissent ordinairement si bien les cuisses et les jambes, du jus d’un certain fruict qu’ils nomment Genipat, que vous jugeriez à les voir un peu de loin de ceste façon, qu’ils ont chaussez des chausses de prestre : et s’imprime si fort sur leur chair ceste tainture noire faite de ce fruict Genipat, que, quoy qu’ils se mettent dans l’eau, voire qu’ils se lavent tant qu’ils voudront, ils ne la peuvent effacer de dix ou douze jours.

Ils ont aussi des croissans, plus longs que demi pied, faits d’os bien unis, aussi blancs qu’albastre, lesquels ils nomment Yaci, du nom de la lune, qu’ils appellent ainsi : et les portent quand il leur plaist pendus à leur col, avec un petit cordon, fait de fil de cotton, cela battant à plat sur la poictrine.

Semblablement apres qu’avec une grande longueur de temps ils ont poli sur une piece de grez, une infinité de petites pieces, d’une grosse coquille de mer appelée Vignol, lesquelles ils arrondissent et font aussi