Page:Jodelle - Les Œuvres et Meslanges poétiques, t. 2, éd. Marty-Laveaux, 1870.djvu/315

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Voy-le-ci (Sire) dans ce fort,
Aller par ces portees meſme :
Il rompt, il briſe, il bruit, il ſort,
Et déſia de viſteſſe extrême
Se court, ſe preſſe à cri & cor,
Suiui de la meute courante,
Tout enſemble apres luy parlante,
Attendu des relais encor.
Tu vois ces prompts piqueurs bruſler
D’ardeur, & tantoſt par bruyeres,
Tantoſt par fuſtayes voler,
Par champs, par forts, & par clairieres :
Des mots de leur trompe animans
Enſemble les chiens & la beſte,
Et au plaiſir de la conqueſte
Plus qu’à la proye ſ’enflammans.
Ie ne m’eſtonne d’Orion,
Ny d’Adonis, ny d’Hippolyte,
Ny du miſerable Acteon,
Ny d’Atalante, ou de la fuite
Que Diane ſouloit mener :
Car ce plaiſir dompteur des vices,
Paſſe tous plaiſirs & delices
Qui ne nous font qu’effeminer.
Tant que ceux-ci, qui nuict & iour
Menans leur vie chaſſereſſe,
Fuyoyent le caſanier ſeiour,
Qui ſe couplant à la pareſſe
Se fait l’engendreur de tous maux,
Outre leur deduit & leur queſte
Auoyent l’heur de la vie honneſte
Pour grand loyer de leurs trauaux.
On feint les plus forts Dieux chaſſeurs,
Ainſi qu’Hercule, Se Phebus meſme :
Car touſiours la grandeur des cœurs,
La force & la Nobleſſe ſ’aime
Aux chaſſes, qui peuuent dreſſer
Beaucoup, & maint les ſçait bien faire,