Page:Kant - Anthropologie.djvu/119

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état dans lequel la tête reste toujours vide, comme un vase troué, quelque peine qu’on prenne pour la rem­plir, est au contraire un très grand mal. C’est un dé­faut parfois excusable, comme chez les vieilles gens, qui se rappellent très bien les événements de leurs jeunes années, et qui oublient toujours ceux de la veille. Mais souvent aussi c’est la conséquence d’une distraction habituelle, à laquelle sont particulière­ment exposées les liseuses de romans. Cette lecture n’ayant d’autre but que d’occuper pendant qu’on la fait, puisqu’on n’ignore pas que ce sont de pures fictions, la liseuse a donc pleine liberté de s’abandon­ner, en lisant, au cours désordonné de son imagina­tion ; ce qui la distrait naturellement, et rend habi­tuelle la distraction (défaut d’attention à ce qui est présent), en sorte que l’affaiblissement de la mémoire eu est la conséquence nécessaire. — Cet exercice dans l’art de tuer le temps et de se rendre inutile au monde, sauf ensuite à se plaindre de la brièveté de la vie, est, au point de vue des dispositions fantastiques de l’esprit qui en résultent, une des plus dangereuses atteintes qui puissent être portées à la mémoire

B

DE LA FACULTÉ DE PRÉVOIR

(prævisio).

Il importe plus de posséder cette faculté qu’aucune autre, parce qu’elle est la condition de toute pratique

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