Page:Kant - Anthropologie.djvu/169

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La manie (Wahnwitz, insania) est un jugement troublé, dans lequel l’esprit est comme enlacé par des analogies qui sont confondues avec des notions de choses semblables entre elles, en sorte que l’imagi­nation présente à l’entendement un jeu où des choses disparates sont unies comme si ces dernières repré­sentations étaient soumises à une loi générale. Les malades de cette espèce sont le plus souvent très sa­tisfaits ; ils poétisent d’une manière absurde, et se complaisent dans la richesse d’une liaison si étendue d’idées concordantes suivant eux. — L’insensé de cette espèce est inguérissable, parce que, comme la poésie en général, il est créateur, et qu’il est alimenté par la diversité. — Cette troisième espèce d’aberra­tion est méthodique, il est vrai, mais seulement d’une manière partielle ou fragmentaire.

4° La vésanie (Aberwitz, vesania), ou aberration pro­prement dite, est la maladie d’une raison troublée. — Celui qui est atteint de cette affection échappe à toute direction de l’expérience, poursuit des principes que l’expérience ne peut absolument point contrôler, et s’imagine comprendre l’incompréhensible. — L’in­vention de la quadrature du cercle, du mouvement perpétuel, la découverte des forces hyperphysiques de la nature, l’intelligence du mystère de la Trinité sont en sa puissance. Il est le plus tranquille de tous les habitants des Petites-Maisons, et, en vertu même de sa spéculation dont l’objet est tout intérieur, fort éloigné de la fureur, parce qu’il détourne ses regards, avec une parfaite présomption, de toutes les difficul-

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