Page:La Curne - Dictionnaire historique - 1875 - Tome 01.djvu/503

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Cette page n’a pas encore été corrigée


AO — 479 — AO qui il tient, les devoirs de rente ordinaire ; mais non pas les corvées, vinades, double d'aoust et autres droicts de servitude, sinon depuis le temps de contradiction. " (Cout. de la Marche, Cout. gén. T. II, p. 505.) On l'a sans doute mal défini en disant : " c'est la Taille ordinaire qui est deue au Seigneur, au mois d'aoust, par ses hommes serfs, ou tenans héritages, à condition de servitude. " (Voy. Laur. Gloss. du Dr. fr. T. I, p. 371.) Il paroit que ce droit ou devoir étoit un doublement de la taille ordinaire, et qu'on le nommoit double d'aoust, parce que cette taille étoit exigible dans le mois d'aoust. " Tous hommes réputez serfs coustumiers, ou autres à droict de servitude... doivent taille en aoust... Le double d'aoust... est pareille somme que ce qu'ils doivent en deniers de taille ordinaire rendable audit mois d'aoust. " (Cout. de la Marche, Cout. gén. T. II, p. 507.) En imposant la queste courant, payable dans le même mois, le Seigneur renonçoit à percevoir le double d'aoust ; mais il étoit à son choix de " prendre chacun an le double d'aoust, ou ladite queste courant une année, et le double d'aoust en l'autre. " (Cout. de la Marche, ubi supra.)

" Les Bans d'aoust, faicts en jours de plaids par plainte de Baillif et par jugement d'hommes, devoient estre publiez par hommes ou par Sergens en toutes les églises du Bailliage. Par ce ban d'aoust, il étoit défendu que nul, ne nulle, durant le mois d'aoust, chariât devant le soleil où après, etc. sous peine d'une amende de soixante sols. " (Voy. Bouteiller, Som. rur. tit. LXXXVIII, page 506.) Le ban de moissons, le même sans doute que le ban d'aoust, fixoit le jour auquel la moisson devoit commencer ; " mais il y a long-temps qu'on ne l'observe plus guère en France, parce qu'il est libre à chacun de dépouiller ses grains sitost qu'ils sont meurs, sans préfinition de jour. " (Voy. Id. ibid. p. 508.)

On peut définir la tenue des vérités d'aoust, une assise où ceux que la Coutume obligeoit de comparoitre une fois l'an, après la messon d'aoust, faisoient serment de dire vérité sur " tous les mesuz (1) [1] qu'ils avoient veus durante l'année. " Suivant la coutume d'Enneulin, on " mande... tous les mannans chiefz d'hostel... lesquels sont tenus de dire et par serment tous les mesuz qu'ils ont veu durante l'année ; et à la depposition de deux personnes, l'on assiet condemnation. " (Nouv. Cout. gén. T. I, p. 437. - Voy. Bouteiller, Som. rur. page 903.) C'est probablement ce qu'on appeloit tenir les véritez d'aoust, dans la coutume de Tournehem. " Les Officiers, hommes de fiefs et Gens de Loy de la ville et chastellenie de Tournehem... ont de toute anchienneté pouvoir et autorité de, pour le bien de Justice, correction des abus, maléfices et autres choses indues.... tenir les véritez d'aoust, d'an en an, ès lieux champestres accoutumez. " (Nouv. Cout. gén. T. I, p. 453, col. 1 et 2.)


Il seroit possible que le mot aoust eût signifié chaleurs d'été, un été chaud, parce que les grandes chaleurs se font ordinairement sentir dans les jours caniculaires, depuis le 24 juillet jusqu'au 23 août. En l'année 1433, " fist le plus aoust que on eust oncques vû d'aage d'homme, et furent les blés et les potaigers très-bons, mais si grant mortalité estoit de boce (2) [2] et d'épidémie, etc. " (Journ. de Paris sous Charles VI et Charles VII, p. 155.)

On a compris d'ailleurs sous la dénomination particulière du mois d'aoust, les mois les plus chauds de l'année, les mois de l'été, le temps de l'année où l'on moissonne et récolte les grains et les fruits qui mûrissent dans cette saison. " En l'aoust derrein passé, s'en estoit alé aouster pour gaigner, etc. " (Lett. de grâce, an. 1380.) " Je avoie... fait emporter en l'aoust et messon.... le droit du terrage ou campart. " (Charte de 1393. - D. Carpentier, Suppl. Gloss. lat. de Du Cange, aux mots Augustare et Augustus)

On connoit le miracle qui força les Israélites à se repentir de leur opiniâtreté à vouloir un Roi. Samuel fit tonner et pleuvoir en aoust, c'est-à-dire dans le temps de la moisson, vers les premiers jours de juillet : chose miraculeuse dans la Palestine où St Jérôme a observé qu'en ce temps il ne tombe jamais de pluie. " Ore (leur dit le Prophète) estez e... veez : aust est, e requerrai Deu qu'il face tuner, et pluie enveit en terre, encuntre le usage de cest païs.... Samuel Deu preiad, e Deus tuneire e pluie merveilluse à cel jur enveiad, et li poples out forment grant pour de Deu et de Samuel. " (Livres des Rois, MS. des Cordel. fol. 14.) Par une autre métonymie assez ordinaire, le mot aoust, qui signifioit l'été, le temps de moissonner, de récolter, a signifié la moisson même, la récolte des grains et des fruits mûris dans cete saison ; et l'on a dit en ce sens, aoust de grain, aoust de pesches, etc. (Voy. Journ. de Paris, sous Charles VI et Charles VII, p. 77. - Fabl. MS. du R. n° 7218, fol. 246.) Dans l'année 1430, " fut très bel aoust et très-belles vendanges. " (Journ. de Paris, sous Charles VI et Charles VII, p. 135.) " En païs de Galice, n'en Portugal, on ne sait que c'est d'yver... et l'aoust y est tout passé à la St Jehan-Baptiste. " (Froissart, Vol. III, p. 136. - Voy. AOUSTER.)

On disoit figurément faire son aoust, dans le sens de notre expression proverbiale " faire ses orges. " (Voy. Moyen de parvenir, page 399.)

VARIANTES :

AOUST. Pezron, Antiq. des Celtes, p. 434. - Duchesne, Hist. généal. de la M. de Béthune, pr. p. 164 ; tit. de 1247. - J. de Meun, cod. vers 248. - Froissart, Vol. III, page 136. - Du Bellay, Mém. liv. VIII, fol. 273, R°. - Cotgrave, Oudin, Rob. Estienne, Nicot et Monet, Dict. - Dict. de Trévoux.

AHOUST. Hist. généal. de la M. de Guines, p. 291.

AOST. Perard, Hist. de Bourgogne, p. 300 ; tit. de 1213. - D. Morice, preuv. de l'Hist. de Bretagne, T. I, col. 963. - Fabl. MS. de St Germ. fol. 80. - Fabl. MS. de Berne, n° 354, fol. 53, R° col. 2, etc.

  1. abus
  2. charbon pestilentiel