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DICTIONNAIRE HISTORIQUE

DE

L’ANCIEN LANGAGE FRANÇOIS

AP AP

Ap, préposition. Avec. On observe que les lettres p et b étant de même organe, on a pu prononcer et écrire indifféremment ap ou ab ; préposition qui, dans le langage méridional de la France, paroit être une abréviation de l’adjectif ambe, pris dans le sens conjonctif de cette même préposition ap ou ab, avec. (Voy. Ambe ci-dessus.)

Aut Apostols cumtet (1) [1]
dis c’ap Deu parlet.

Fragment du MS. de St Martial de Limoges, fol. 50, R°.

Molt lo laudaven [2] e amic e parent
C’ab [3] Damnedeu se tenia [4] forment.

Vie de Boèce, fragm. MS. de St Benoît-sur-Loire, p. 273.


E [5] sa ma dextra la Domna u libre ten [6],
Tot aquel libres era de fog [7] ardent.
Zo’s [8] la justicia al Rei omnipotent ;
Si l’om o forfai, e pois no s’en repent...
Ab aquel fog s’en pren so vengament.
Cel bonai vai [9] qui amor ab lei pren.

Ibid. p. 275.

Que le p ou le b, ait été changé en V, autre lettre de même organe, il n’en faut point d’autre preuve que la préposition composée avoec. (Voy. Avoec.) C’est proprement à l’oubli et à l’ignorance de la prononciation du v toujours écrit u, et au retranchement de ce même u prononcé V, que l’on doit attribuer l’origine d’au et à, préposition qui dans la signification d’avec, paroit avoir la même étymologie qu’ap ou ab. (Voy. Au ci-après.)

VARIANTES :

AP. Fragment du MS. de St Martial de Limoges, fol. 50, R°.

AB. Vie de Boèce, Frag. MS. p. 270, passim.

Apaer, verbe. Pacifier, accommoder, etc. Apaiser. Payer, satisfaire, contenter, soulager, etc. Il est évident que le principe de la formation des verbes apaier, apaiser, est le substantif latin pax ; mais en remontant à l’origine la plus vraisemblable de ce même substantif pax, pacis, dérivé de l’ancien verbe pacere ou pagere, le même que pangere, au supin pactum, on croit apercevoir une analogie marquée entre les verbes françois apactir, apaier, apaiser. (Voy. Appactir.) L’ordre de la société générale, ou particulière, est établi sur des pactes, sur des obligations fixes et réciproques : ainsi, pacifier une ville, l’apaier en ancien langage, c’est en fixer l’état par le rétablissement de ce même ordre.

... Artus remest en Bourgoigne :
Tout l’iver illec sejourna ;
Les citez prist et apaia.

Rom. de Brut, MS. fol. 99, R° col. 2.

Lorsqu’il s’agissoit de particuliers désunis par l’intérêt, ou par quelqu’autre passion, les apaier c’étoit faire la paix entre eux, les lier, les obliger par un jugement, un accommodement, etc. en général, par un pacte qui fixoit leurs prétentions ou leurs droits respectifs. " Comme contens fut entre Jeanne comtesse de Flandres... et Jean de Néelle... li Rois fit la Comtesse semondre par-devant lui, par deux Chevaliers. La Comtesse comparant à jour, proposa qu’elle n’avoit pas été suffisament semonse par deux Chevaliers ; quar elle devoit estre semonse par ses Pers, les parties eux [10] appayant en jugement. " (Daniel, Mil. Fr. T. I, p. 181 ; tit. de 1324.) Il seroit inutile de multiplier les preuves de cette acception du verbe apaier, pacifier un différent, l’accommoder, le juger, etc. On ajoutera seulement qu’il étoit quelquefois réciproque dans le sens d’accommoder.

Si s’est au vilain apaié.

Bestiaire, MS. du R. n° 7989, fol. 164 ; fable XVII.

Il existe entre le Ciel et la Terre un pacte d’alliance qui se renouvelle autant de fois que l’homme fait sa paix avec Dieu, en satisfaisant à sa justice par l’humble et douloureux repentir de son audace ou de sa foiblesse. On disoit en ce sens, apaier Dieu, apaer le Seigneur. " Pur co que li Reis Roboam e li suen se humilièrent devant nostre Seignur, alches [11] le apaèrent de sun maltalent ; si que il ne’s volt del tut destruire. » (Livres des Rois, MS. des Cordel. fol. 104, V° col. 1.)

Qui ci corrouce Deu, ci l’estuet apayer.

Fabl. MS. du R. n° 7615, T. II, fol. 144, R° col. 2.

Et prestz de Dieu prier soyez ; Ainsi l’amez et appayez, etc.

J. de Meun, Test. vers 1657 et 1658.

En satisfaisant à une obligation contractée par un pacte civil, on procure la paix, la tranquillité de la personne que ce pacte intéresse. On l’apaise, pour ainsi dire, et elle se tient apaiée. De là l’acception des verbes apayer, payer.

  1. Conta, raconta.
  2. Louoient.
  3. De ce qu’avec, etc.
  4. Se tenolt.
  5. En sa main, etc.
  6. Tient.
  7. Feu.
  8. C’est.
  9. Il en va bien à celui.
  10. Eux; c’est-à-dire les Pairs.
  11. Quelque peu, un peu.

II. 1