Page:La Fayette, Tencin, Fontaines - Œuvres complètes, Lepetit, 1820, tome 1.djvu/380

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ne lui avait pas même expliqués et entre la peine d'avoir privé ce prince mourant de la vue de cette princesse.

Comme toutes ces personnes étaient occupées de ces divers sentiments, l'écuyer d'Alamir revint et dit à Félime que son maître demandait à la voir et qu'il n'y avait point de moments, à perdre, si elle voulait lui accorder cette grâce. Félime se leva du lieu où elle était assise ; il ne lui resta rien d'une personne vivante que la force de marcher ; elle donna la main à cet écuyer, et, suivie de ses femmes, elle s'en alla au lieu où était le prince de Tharse. Elle s'assit auprès de son lit et, sans lui rien dire, elle demeura immobile à le regarder :

— Je suis bien heureux, madame, lui dit ce prince, que l'exemple de Zayde ne vous ait pas inspiré la cruauté de me refuser la consolation de vous voir ; c'est la seule que je pouvais espérer, puisque j'ai été privé de celle que j'avais osé prétendre. Je vous supplie ; madame, de lui vouloir dire que c'est avec raison qu'elle m'a jugé indigne de l'honneur que Zuléma m'avait voulu faire. Mon coeur avait brûlé de tant de flammes et s'était profané par tant de fausses adorations, qu'il ne méritait pas de toucher le sien, mais si une inconstance, qui a fini en la voyant, pouvait avoir été réparée par une passion qui m'a rendu entièrement opposé à ce que j'étais et par un attachement le plus respectueux qu'on ait jamais eu, je crois, madame, que, j'aurais expié tous les crimes de ma vie. Assurez-la, je vous conjure, que j'ai eu pour elle l'adoration qu'on a pour les dieux et que je meurs, bien moins des blessures que j'ai reçu de Consalve, que de la douleur de savoir qu'il est aimé d'elle. Vous