Page:La Fontaine - Œuvres complètes - Tome 4.djvu/32
Avec toy pour un mois les courses ont fait tréve.
Je le crois ; mais encor, dy m’en quelque raison.
Thaïs, par ce present, sera toute à Thrason.
Je veux qu’il soit ainsi, quelle en sera la suite ?
Pour un homme subtil, et si plein de conduite,
Tu devrois penetrer et voir un peu plus loin ;
Je veux, encore un coup, te delivrer de soin.
Thrason voyant Thaïs, ceux dont elle est aymée
Peuvent tous s’asseurer que sa porte est fermée,
Ton maistre comme un autre ; et tu n’entendras plus
Ny souhaits impuissans, ny regrets superflus ;
Ny : Quel est ton avis ? ny : Fay luy tel message.
Ah ! combien voit de loin l’homme prudent et sage !
J’avois peine à comprendre où tendoit ce propos ;
Mais, grace aux immortels, j’auray quelque repos.
Dy graces à Gnaton.
Et rien pour cette belle ?
À propos, que t’en semble ?
O dieux ! qu’elle est rebelle !
Du bout du doigt à peine on ose luy toucher.
Nul mortel que Thrason n’a droit d’en approcher.