Page:La Révolution française et l'abolition de l'esclavage, t1.djvu/52

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D’innocens orphelins une troupe éperdue,
Pour la dernière fois, vient jouir de ſa vue :
Hélas ! on les ſépare : ô comble de douleurs !
On leur envie encor des adieux & des pleurs.
Toi, qui pour les humains fus long-temps inflexible,
O Neptune ! arme-toi de ce trident terrible,
Que l’art audacieux, des ondes ſouverain
Par ſes vaſtes calculs a briſé dans ta main ;
Venge, venge les mers du Tyran qui les brave,
Engloutis à la fois & le Maître & lÉfclave :
La mort pour un Captif eſt le bien le plus doux
Le Nègre, en expirant, bénira ton courroux,
Mais il deſcend déjà ſur ce triſte rivage,
Où l’œil découvre encor les traces du carnage ;
Soudain il eſt jetté dans ces gouffres affreux
De Peuples enchaînés ſépulcres ténébreux.
Pénétrons avec lui dans cette horreur profonde ;
Il va porter la foudre aux entrailles du Monde ;
Par ſes tremblantes mains le nitre renfermé,
Semble dans ſa priſon dormir inanimé ;
La mèche près de lui lentement ſe conſume,
Le ſpectateur frémit, le ſalpêtre s’allume,
Lance au loin les rochers & leurs vaſtes débris,
Ecrafent les forçats l’un ſur l’autre engloutis.