Page:Larousse - Grand dictionnaire universel du XIXe siècle - Tome 7, part. 1, E-El.djvu/389

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fleurs des ombellifères : Les élomyies ont le corps large et déprimé. (Duponchel.)

ÉLON, un des juges d’Israël. Le livre des Juges nous apprend seulement qu’il était de la tribu de Zabulon, qu’il vint après Ibtsan et que sa judicature dura dix ans. V. l’article juges.

ÉLON, petite ville de la tribu de Dan.

ÉLONGANTHE adj. (é-lon-gan-te — du lat. elongare, allonger, et du gr. anthos, fleur). Bot. Dont les fleurs sont disposées en épis allongés.

ÉLONGATION s. f. (é-lon-ga-sion — rad. elonger). Astron. Distance angulaire d’un astre au soleil, par rapport à la terre : La faible élongation de Mercure le rend presque toujours invisible. A sa plus grande élongation, Vénus est encore fort rapprochée du soleil. || Distance angulaire d’une planète à une autre planète.

— Méd. Augmentation accidentelle de la longueur du corps ou d’un membre.

— Chir. Extension pratiquée dans le but de réduire une fracture ou une luxation.

Encycl. Astron, On nomme élongation d’une planète l’angle sous lequel nous voyons sa distance au soleil ; mais le terme s’emploie presque exclusivement pour les deux seules planètes inférieures, Mercure et Vénus, dont les élongations restent toujours inférieures à 180°, ou qui ne peuvent jamais se trouver en opposition avec le soleil. L’êlongation maximum de Vénus varie entre 45° et 47° 3/4 . La variation de ce maximum tient à la fois aux changements que subit la distance de la terre au soleil et à l’inégalité des rayons de l’orbite de Vénus, qui, pour nous, figurent ses plus grandes distances au soleil. L’élongation maximum de l’astre serait la plus grande possible si, au moment où la terre, le soleil et Vénus forment un triangle rectangle, au point occupé par le soleil, la Terre était à son périhélie et Vénus à son aphélie ; elle serait au contraire la plus petite possible si la terre était à son aphélie et Vénus à son périhélie. Les orbites de la terre et de Vénus étant peu excentriques l’une et l’autre, les variations de l’élongation maximum de Vénus sont relativement petites, et deux élongations maximum consécutives, l’une occidentale, l’autre orientale, sont toujours très-peu différentes. La durée d’une oscillation complète de Vénus, par rapport au soleil, est à peu près constante ; elle est, en moyenne, de 584 jours.

Les élongations maximum de Mercure subissent des changements beaucoup plus considérables : elles varient entre 16° 1/4 et 28° 3/4 . La durée d’une oscillation complète de la planète varie aussi d’une manière sensible ; ses valeurs extrêmes sont de cent six et de cent trente jours.

ÉLONGÉ, ÉE (é-lon-jé) part, passé du v. Elonger. Mar. Dont on s’est approché en présentant le côté : Navire élongé. Terre élongée. || Allongé : Cordage élongé.

ÉLONGEANT (é-lon-jan) part. prés, du v. Elonger : Les embarcations abordent les quais, le bord, en élongeant adroitement pour les toucher sans secousse. (Willaumez.)

ÉLONGER v. a. ou tr. (é-lon-jé — du lat. elongare, allonger. Prend un e après le g devant a et o. Nous élongeons ; vous élongeâtes). Mar. Allonger, étendre, étirer dans le sens de la longueur : Elonger un câble, une touée, une bitture, un cartahu. || Longer, approcher par le flanc : Elonger un navire, une câte. || Elonger une ancre, La descendre dans une embarcation qui va la mouiller à une certaine distance ou bord. || On dit aussi, mais improprement, allonger une ancre de veille.

— Fam., Dans le langage des marins, Courtiser, circonvenir : Depuis plus de deux heures, le quartier-maître élongeait l’hôtesse pour obtenir crédit.

ÉLONGIS s. m. (é-lon-ji — rad. élonger). Mar. Nom donné à des pièces de bois destinées à supporter la hune ou les barres de perroquet, et qui sont placées sur les jottereaux du bas mât et à la noix du mât de hune : Les élongis du bas màt ont pour longueur le quart de celle du maître bau. et ceux du mât de hune, le huitième. (Pâris.) || Nom donné à des pièces de bois destinées à en allonger d’autres. || Elongis de tambour, Fort madrier reposant sur les deux baux de force, et supportant le bout de l’arbre des roues d’un vapeur à aubes.

ÉLONION s. m. (é-lo-ni-on). Entom. Syn. de coprophile.

ÉLOPE s. m. (é-lo-pe — du gr. elops, nom d’un poisson). Ichthyol. Genre de poissons, voisin des harengs, comprenant deux espèces, dont l’une vit dans les mers de l’Amérique du Sud, et l’autre dans la mer des Indes. || On dit aussi élops.

— Encycl. Les élopes sont des poissons malacoptérygiens, de la famille des clupes, ressemblant aux harengs par la forme générale, par les mâchoires et les nageoires. Le bord de celles-ci est, ainsi que les palatins, muni de dents veloutées ; les ouïes ont au moins trente rayons, le ventre est tranchant et non dentelé, et les bords de la caudale sont armés chacun d’une épine plate. Les élopes sont de beaux poissons argentés, qui deviennent assez grands. Leur chair est recherchée comme aliment, malgré les nombreuses arêtes qu’elle renferme ; elle donne un excellent bouillon. Ce genre ne comprend jusqu’à ce jour que deux espèces, répandues dans les deux hémisphères ; l’une d’elles porte le nom vulgaire d’argentine.

ÉLOPHILE s. f. (é-lo-fi-le — du gr. elos, marais ; phileô, j’aime), Erpét. Genre de batraciens, voisin des rainettes.

— s. m. Entom, Genre d’insectes diptères, de la tribu des syrphes : Les élophiles se rapprochent beaucoup des éristales. (Duponchel.)

Encycl. Entom. Les élophiles sont des insectes diptères, à corps velu et court, à bouche prolongée en forme de bec ; les antennes, très-courtes, à palette au moins aussi longue que large, portent une soie très-plumeuse, insérée à la jointure du second et du troisième article ; les ailes sont écartées. Sur sept espèces que renferme ce genre, six appartiennent à l’Europe. Plusieurs d’entre elles ont une livrée assez élégante et qui se rapproche da celle de certaines abeilles. Les mœurs de l’insecte parfait n’offrent rien de bien remarquable. Il n’en est pas de même de celles des larves, que Réaumur appelle vers à queue de rat. La queue de ces larves est très-longue et composée de fibres annulaires et de deux tuyaux rentrant l’un dans l’autre, de telle sorte qu’elle peut s’allonger ou se raccourcir au gré de l’animal ; son extrémité, munie de faisceaux de poils, est percée de deux trous auxquels viennent aboutir les prolongements de deux grosses trachées ou vaisseaux aériens renfermés dans le corps de la larve. Cette queue constitue ainsi, ou plutôt renferme l’organe respiratoire de l’animal. Les larves des élophiles habitent les eaux stagnantes ou corrompues, ou d’autres matières encore plus impures. Celle de l’élophile pendant, espèce la mieux connue par suite des observations de Réaumur, vit dans les eaux bourbeuses, les égouts et les latrines. La larve se tient ordinairement au fond du liquide ; elle élève constamment au-dessus de la surface l’extrémité de sa queue, et se procure ainsi l’air nécessaire à la respiration. Réaumur a élevé de ces larves dans un vase, et, en augmentant peu à peu la couche de liquide, il a vu que leur queue s’allongeait dans la même proportion, jusqu’à 13 ou 14 centimètres ; passé cette limite, elles remontaient le long des parois du vase, de telle sorte que le bout de leur queue arrivât toujours à l’air libre. Au moment de se transformer en nymphes, ces larves quittent l’eau pour s’enfoncer dans la terre ; le corps devient plus gros, la queue se raccourcit, et l’enveloppe de la nymphe présente alors quatre sortes de cornes, qui sont pour elle des organes de la respiration. Huit ou dix jours après, cette nymphe passe à l’état d’insecte parfait. Les élophiles sont voisins des syrphes, des éristales et des volucelles.

ÉLOPHORE s. m. (é-lo-fo-re — du gr. élos, massue ; phoros, qui porte). Entom. Genre d’insectes coléoptères pentamères, de la tribu des hydrophiles, comprenant une dizaine d’espèces.

Encycl. Les élophores sont des coléoptères de petite taille, voisins des hydrophiles. Ils ont un corps ovale, assez allongé ; la tête inclinée ; les antennes terminées par une massue formée d’articles très-serrés ; le corselet transversal et rétréci en arrière ; les élytres un peu bombés ; les jambes grêles et munies de petits éperons. Les espèces, au nombre de dix environ, sont toutes européennes et habitent les eaux stagnantes. Les élophores se tiennent ordinairement sur les plantes aquatiques ; quand ils sont au repos, ils cachent leurs antennes sous les côtés de la tête, et agitent sans cesse leurs palpes. Ce sont surtout des insectes marcheurs, nageant mal et volant rarement. Ils se nourrissent de larves d’autres insectes et de dépouilles de batraciens.

ÉLOPHORIE s. f. (é-lo-fo-ri — du gr. elos, marais ; phoria, abondance). Entom. Genre d’insectes diptères, de la tribu des entomobies, comprenant trois espèces, dont une, semblable à la mouche commune, se trouve aux environs de Paris.

ÉLOPHOS s. m. (é-lo-foss). Entom. Genre d’insectes lépidoptères nocturnes, voisin des phalènes, et comprenant une dizaine d’espèces, qui vivent presque toutes sur les Alpes.

ÉLOPIENS s. m. pl. (é-lo-pi-ain — rad. élope). Ichthyol. Petite famille de poissons malacoptérygiens abdominaux, de la famille des clupéides, comprenant les deux genres mégalope et élope.

ÉLOQUEMMENT adv. (é-lo-ka-man — rad. éloquent). Avec éloquence : Parler éloquemment. Pour analyser l’éloquence d’un grand écrivain, il faut écrire éloquemment soi-même. (Villem.)

Pendant tous ces discours, le Cicéron moderne
Parlait éloquemment et ne se lassait point.
Florian.

— Fig. D’une manière forte, péremptoire, capable de convaincre, d’impressionner : Un silence extrême annonçait éloquemment la crainte, l’attention, le trouble, la curiosité de toutes les diverses attentes. (St-Sim.) Son émotion était visible et répondait plus éloquemment que n’eût fait sa voix. (a. Paul.)

ÉLOQUENCE s. f. (é-lo-kan-se — lat. eloquentia ; de eloqui, s’exprimer). Art, talent ou action de bien dire, de toucher et de convaincre par la parole : Les règles de léloquence. Des paroles pleines déloquence. L’éloquence est, dans les Etats libres, ce qu’est le fer dans un combat. (Démétrius de Phalère.) L’éloquence la plus heureuse est celle où la force de la discussion est tempérée par la douceur de l’orateur, et cette douceur fortifiée par la gravité et la vigueur de ses raisons. (Cicéron.) L’éloquence est une peinture de la pensée. (Pasc.) L’éloquence est un art de dire les choses de telle façon, que ceux à qui l’on parle puissent les entendre sans peine et avec plaisir. (Pasc.) L’éloquence consiste dans une certaine correspondance que l’on tâche d’établir entre l’esprit et le cœur de ceux à qui l’on parle, d’un côté, et, de l’autre, les pensées et les expressions dont on se sert. (Pasc.) L’éloquence de l’avocat consiste à faire connaître la justice par la vérité. (Domat.) La vive peinture des choses est comme l’âme de léloquence. (Fén.) L’éloquence produit la réputation, et la réputation attire la fortune. (Fén.) La véritable éloquence consiste à dire tout ce qu’il faut et à ne dire que ce qu’il faut. (La Rochef.) L’Éloquence est un don de l’âme, lequel nous rend maîtres du cœur et de l’esprit des autres. (La Bruy.) La véritable éloquence suppose l’exercice du génie et la culture de l’esprit. (Buff.) Il n’y a point d’éloquence où il y a surcharge d’idées. (Volt.) L’éloquence est née avant les règles de la rhétorique. (Volt.) L’éloquence et la poésie demandent toute l’application d’un homme. (Volt.) L’éloquence du poète doit être plus animée, plus rapide, plus soutenue que celle de l’orateur. (Marmontel.) L’éloquence était un don avant d’être un art. (Marmontel.) L’éloquence pathétique fut de tout temps au barreau une éloquence piperesse, comme l’appelle Montaigne. (Marmoutel.) Le comble de léloquence est de dire ce que personne n’avait pensé avant de l’entendre, et ce que tout le monde pense après l’avoir entendu. (Marmontel.) Les trois objets de léloquence sont le grand, l’honnête et le vrai. (Grimm.) Faite pour parler au sentiment, comme la logique et la grammaire parlent à l’esprit, léloquence impose silence à la raison même. (D’Alemb.) Léloquence est l’expression juste d’un sentiment vrai. (La Harpe.) L’éloquence est un art sérieux et qui ne joue point au personnage ; jamais un homme de génie, pour faire parade déloquence, ne perdit son temps à invectiver Tarquin ou Sylla, ou à s’efforcer d’engager Alexandre à vivre, en repos. (Turgot.) L’éloquence tient lieu de la musique guerrière : elle précipite les âmes contre le danger. (Mme de Staël.) C’est par éloquence que les vertus d’un seul deviennent communes à tous ceux qui l’entendent. (Mme de Staël.) La première des vérités, la morale, est aussi la source la plus abondante de léloquence. (Mme de Staël.) Vous n’agirez jamais sur les hommes si votre éloquence ne part pas du cœur. (Gœthe.) J.-J. Rousseau a léloquence du génie, Buffon le génie de léloquence. (Hérault de Séchelles.) L’éloquence est un fruit des révolutions ; elle y croit spontanément et sans culture. (Chateaub.) Le peuple n’entend point la pompeuse éloquence ni les longs raisonnements. (P.-L. Courier.) L’éloquence religieuse n’existait pas avant le christianisme. (Lamenn.) Cicéron eut le génie, de léloquence ; il persuade, touche, émeut ; il a des accents pathétiques ; il sait exciter la pitié, soulever l’indignation. (Lamenn.) L’éloquence est l’âme même ; léloquence est l’âme rompant toutes les digues de la chair, quittant le sein qui la porte et se jetant à corps perdu dans l’âme d’autrui. (Lacord.) Le mystère de la parole à l’état d’éloquence, c’est la substitution de l’âme qui parle à l’âme qui écoute. (Lacord.) L’éloquence n’a qu’un rival, et encore ce rival ne l’est-il que parce qu’il est éloquent : c’est l’amour. (Lacord.) L’éloquence n’est pas au barreau ; rarement l’avocat y déploie les forces réelles de son âme ; autrement, en quelques années, it y périrait ; l’éloquence est rarement dans la chaire aujourd’hui ; mais elle est dans certaines séances de la Chambre des députés, où l’ambitieux joue le tout pour le tout, où, piqué de mille flèches, il éclate à un moment donné. (Balz.) L’éloquence est l’art de convaincre, d’émouvoir et d’entraîner. (Laténa.) Il n’est rien que les hommes éclairés aient salué avec plus d enthousiasme que la véritable éloquence. (Montalemb.) L’éloquence est l’art de bien convaincre. (H. Taine.) Il n’y a point d’éloquence sans liberté. (St-Marc Gir.) Vergniaud s’illuminait d’éloquence. (Lamart.) L’éloquence de Vergniaud n’était pas un art, c’était son âme même. (Lamart.) L’éloquence a peu de prise sur les esprits moyens. (E. About.) L’éloquence est la grande, la vraie, la seule puissance humaine ; à son gré elle change, déplace, transporte l’opinion. (F. Pyat.) L’éloquence est l’art d’émouvoir et de convaincre. (Cormen.) L’éloquence est le talent de persuader, c’est-à-dire le don naturel et l’art tout ensemble. (A. Didier.)

Par la pompe des mots l’éloquence en impose.
Gilbert.
Ah ! que la vérité vous donne d’éloquence !
C.Delavione.
 Je hais les pièces d’éloquence
Hors de leur place et qui n’ont pas de fin.
La Fontaine.
L’éloquence, aujourd’hui prodigue en métaphores,
Avec un air penseur enfle des riens sonores.
Gilbert.
Quand on est véritable amant,
On n’a pas besoin d’éloquence ;
On dit : « J’aime » tout simplement
Quand on est véritable amant.
L’Amour est un petit enfant,
Qui dit tout nûment ce qu’il pense :
Quand on est véritable amant,
On n’a pas besoin d’éloquence.
***

|| Art de convaincre, limité à un but spécial et déterminé : Eloquence de la chaire, de la tribune, du barreau.

— Par ext. Art d’écrire en prose : Cours d’éloquence latine.

— Fig. Objet qui touche et persuade : L’éloquence des larmes, du silence. L’éloquence du cœur. Il y a une éloquence de silence qui pénètre plus que la langue ne saurait le faire. (Pasc.) Les larmes sont l’éloquence des femmes. (St-Evrem.) L’éloquence des femmes est surtout dans le geste, l’attitude et les regards. (Balz.) L’amour perd sa plus grande éloquence dès qu’il veut se traduire. (De Custine.)

— Mythol. Dieu de l’éloquence, Mercure :

Il part avec son fils, le dieu de l’éloquence.
La Fontaine.

Éplthètes. Haute, élevée, forte, mâle, solide, nerveuse, concise, vigoureuse, serrée, vive, véhémente, entraînante, convaincante, irrésistible, victorieuse, majestueuse, admirable, magnifique, étonnante, extraordinaire, divine, sublime, touchante, brillante, fleurie, harmonieuse, noble, libre, hardie, impétueuse, terrible, foudroyante, docte, savante, grave, simple, naturelle, douce, calme, paisile, tranquille, facile, séduisante, insinuante, rapide, féconde, diserte, fastueuse, pompeuse, apprêtée, bruyante, trompeuse, verbeuse, stérile, oiseuse, froide, diffuse, creuse, douteuse, vaine, inutile, superflue, énervée, mercenaire, muette, religieuse, chrétienne, païenne, judiciaire, politique.

Syn. Éloquence, élégance. V. élégance.

Encycl. Les rhéteurs définissent l’éloquence une faculté de l’intelligence humaine qui consiste a émouvoir, à persuader, à convaincre, au moyen de la parole. On peut la constater à l’état de nature, non-seulement dans les nations sauvages, mais aussi chez les peuples civilisés dans le commerce ordinaire de la vie, et notamment au sein des classes qui n’ont pas reçu les bienfaits de l’instruction ou n’en ont connu que les éléments. Sous l’influence d’une passion vive, d’un sentiment profond, l’éloquence jaillit chez les hommes les moins éclairés. Elle coule de leur bouche comme un torrent naturel, dont les eaux sont troublées par la vase qu’il remua et le gravier qu’il emporte. Les grossièretés, les fautes de langage et de goût n’arrêtent pas son cours, ne l’empêchent pas d’atteindre son but et de produire l’impression. On y voit les mouvements s’y produire sans règle, les images s’y croiser en tous sens.

En étudiant les secrets de cette éloquence spontanée, en cherchant à diriger, à régler cette force innée, on est parvenu, dès les temps reculés, à la garantir des écarts, à la contenir dans les limites du goût, dans les conditions du bon langage. On lui a tracé des voies assez larges pour ne pas nuire a son libre développement, et toutefois assez restreintes pour qu’elle ne s’égarât pas, pour qu’elle allât toucher le cœur, sans offenser l’intelligence ni blesser l’oreille. L’ensemble des lois ainsi posées par la suite des siècles a constitué la rhétorique. C’est là que le talent prédisposé à l’éloquence trouve son guide ; mais il ne doit pas y chercher autre chose. Il en doit faire une étude sérieuse, mais non lui sacrifier ses qualités naturelles. S’imaginer que la rhétorique, par ses seuls préceptes, fait un orateur, c’est s’imaginer que l’instrument fait l’artiste. Immoler la nature à la rhétorique, ou espérer, par la rhétorique, devenir éloquent malgré la nature, c’est confondre deux hommes bien distincts : l’orateur et le rhéteur.

L’orateur, l’homme vraiment éloquent, ne dédaigne pas la rhétorique ; mais il n’en use que pour régler, pour améliorer ses facultés naturelles. La force de ses raisonnements, la puissance de ses démonstrations naissent de sa conviction intime dans la bonté de la cause qu’il soutient ; c’est à son âme émue qu’il doit les mouvements et les accents pathétiques par lesquels il va remuer le cœur des auditeurs. De là est venue la parole antique : Pectus est quod disertos facit (C’est le cœur qui fait les éloquents). On a dit aussi, il est vrai : Fiunt oratores, nascuntur poetœ (On devient orateur, on naît poète) ; mais cette maxime ne peut s’entendre du fond même de l’éloquence, et seulement des parties accessoires, qui, effectivement, sont données par l’étude. Les idées et les sentiments jaillissent chez l’orateur, sous la pression de l’enthousiasme et de l’exaltation, avec une spontanéité, une abondance et une sorte d’inspiration où les exercices de rhétorique n’ont, pour ainsi dire, point de part. On le voit, poussé par les pensées qui l’agitent ou pressé par un adversaire qui l’aiguillonne, se répandre en merveilleuses improvisations dans lesquelles la justesse de l’expression, la beauté des images se produisent d’elles-mêmes.