Page:Laveleye - Les Nibelungen.djvu/129

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cloches. Alors on amena les haquenées, et les dames partirent. Maint homme courageux suivait les nobles reines.

Elles mirent pied à terre sur l’herbe, devant l’église. Brunhilt était encore bien disposée envers ses hôtes. Ils entrèrent, portant la couronne, dans la vaste nef. Depuis lors, l’affection fit place à une épouvantable jalousie.

Après qu’elles eurent entendu la messe, elles se remirent en marche avec la même pompe ; on les vit pleines de joie se diriger vers le banquet. Leur gaîté ne cessa point durant toute cette fête, jusqu’au onzième jour.

La reine roulait cette pensée dans son esprit : « Je ne puis pas attendre plus longtemps. Quelque peine qu’il m’en coûte, il faut que Kriemhilt me dise pourquoi son mari, qui est notre homme-lige, nous a privés si longtemps du service qu’il nous doit. Je ne veux point renoncer à faire cette question. »

Ainsi elle attendit le moment que le diable lui conseilla. Elle transforma les fêtes et les plaisirs en douleurs et en larmes. Ce qui lui tenait au cœur devait venir au jour. Pour cela maint pays fut plongé par elle dans l’affliction.






XIV. COMMENT LES DEUX REINES SE QUERELLÈRENT


Un jour avant la vesprée, les guerriers menaient grand bruit dans la cour du palais. Pour se divertir, ils se livraient à des jeux chevaleresques. Afin de les voir, hommes et femmes étaient accourus en foule.

Elles étaient assises l’une près de l’autre, les deux puissantes reines, et elles pensaient aux deux héros si dignes d’admiration. La belle Kriemhilt parla : — « J’ai un époux,