Page:Lavignac - Le Voyage artistique à Bayreuth, éd7.djvu/35

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tre des Fêtes qu’il faut voir la ville sortir de son calme accoutumé et se parer pour recevoir ses hôtes, chaque fois plus nombreux.

Un bon mois à l’avance, les artistes venant de tous les points de l’Allemagne, et même de l’étranger, pour coopérer à la grande œuvre, commencent à animer de leur présence les rues habituellement silencieuses, se répandant dans les brasseries et sillonnant du malin au soir la route menant au théâtre, où les appellent les multiples répétitions.

Les hôtels font leur toilette ; les habitations particulières, destinées aussi à recevoir les étrangers, s’organisent de leur mieux : rien n’est trop beau, dans l’idée de ces braves gens si hospitaliers, pour les locataires attendus. La ménagère, qui a nettoyé sa maison de haut en bas avec un soin scrupuleux, se dépouille, en l’honneur de ses visiteurs, de tous ses bibelots, dont elle orne leurs chambres à profusion, les entremêlant de guirlandes et de gerbes de fleurs artificielles. Elle choisit dans ses armoires ses draps les plus brodés et les assujettit d’une façon désespérante aux couvertures, toujours trop étroites, à l’aide d’un système compliqué de boulons. Les premières nuits, on est un peu désorienté ; mais on se fait assez vite à cette mode bizarre, et l’on ne tarde pas à s’endormir facilement sous l’œil bienveillant des portraits de famille du logeur, au milieu desquels se trouvent toujours quelque buste de Wagner et une lithographie de Frantz Liszt.

Pendant cette période de préparatifs et de travail, c’est surtout aux environs du Théâtre des Fêtes que se concentre l’activité. Les artistes n’ont pas toujours le temps, après la répétition du matin, de redescendre en ville à l’heure du déjeuner, et prennent souvent leur repas