Page:Lavignac - Le Voyage artistique à Bayreuth, éd7.djvu/64

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capable d’écrire, après avoir passé de si longs mois éloigné, par les difficultés matérielles, de toute atmosphère musicale. Enfin il s’aperçoit avec joie qu’il est plus que jamais apte à la composition, et en sept semaines il termine les trois actes, poème et musique, de son ouvrage. L’ouverture seule est retardée par de nouveaux embarras d’argent. Pendant ce temps il était entré en pourparlers avec Munich et Leipzig pour sa partition, qui est refusée sous prétexte qu’elle ne pourrait plaire à l’esprit allemand ! Il l’avait pourtant écrite en vue de ses compatriotes. Mais enfin, grâce à l’intervention de Meyerbeer, elle est acceptée en principe par le Théâtre Royal de Berlin ; on ne l’y joua qu’en janvier 1844.

La perspective de l’exécution de ses deux dernières œuvres en Allemagne le décide à quitter ce Paris où il a tant et si diversement souffert, mais qui, en somme, ne lui a pas été inutile et où il a lié, comme il le dit lui-même, de précieuses et solides amitiés.

Il le quitte donc avec sa femme au printemps de 1842, heureux, ému jusqu’aux larmes de retrouver sa patrie allemande, à laquelle il jure une fidélité éternelle.

Rienzi fut monté avec un très grand luxe et joué à Dresde en octobre 1842, avec le concours de Mme Devrient et de Tichatschek ; il eut un énorme succès. À l’issue de la première représentation, qui dura de six heures à minuit, l’auteur proposa des coupures auxquelles s’opposèrent les artistes, qui ne voulaient pas voir retrancher une seule note de leurs rôles. Deux autres représentations eurent lieu devant une salle comble, et lorsque, à la fin de la troisième, le chef d’orchestre, Reissiger, remit au jeune compositeur un bâton d’honneur, l’enthousiasme du public tourna au délire.

Encouragés par cette réussite qui dépassait leurs espé-