Page:Lavignac - Le Voyage artistique à Bayreuth, éd7.djvu/69

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Une fois sa partition de Lohengrln terminée, Wagner songea à un drame sur Jésus de Nazareth ; puis il en abandonna le projet, dont il reprit plus tard l’idée mystique sous une autre forme, et hésita une dernière fois entre un sujet historique, Frédéric Barberousse, et une idée purement mythique, Siegfried, dont il trouvait l’embryon dans le vieux poème des Niebelungen et dans les Eddas Scandinaves.

Il se décida pour le mythe, et écrivit dès lors le poème de la Mort de Siegfried ; mais son travail fut interrompu pendant toute la période de troubles politiques qui éclatèrent alors en Allemagne.

Il élabora à ce moment tout un plan de réformes qui ne tendaient à rien moins qu’au bouleversement complet de l’état des choses musicales en Saxe.

C’est à cette époque qu’il se lia avec Auguste Rœckel et avec le révolutionnaire Bakounine, qui prit rapidement un grand empire sur lui. Se jetant avec sa fougue habituelle dans la politique militante, il prononça dans un club dont il faisait partie plusieurs discours imprudents, qui déplurent fort en haut lieu de la part d’un kapellmeister de la Cour !

Craignant à juste titre d’être inquiété à Dresde, il alla à Weimar rejoindre Liszt, qui dirigeait alors activement les répétitions de Tannhauser, et avec lequel il s’était intimement lié, en dépit de l’aversion qu’il avait vouée dans sa jeunesse aux virtuoses en général, et à celui-ci en particulier. Mais un ordre d’arrestation vint aussitôt le troubler dans sa quiétude : il était signalé comme un agitateur dangereux ! Liszt lui procura rapidement un passe-port sous un faux nom, et il dut au plus vite quitter sa patrie. L’exil qui commençait pour lui devait durer douze ans.