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Érantlssllnsr on LA Monatn. 93 serieusement, ces combinaisons artificielles de concepts ne peu- vent plus 'contenir le vrai principe qui _nous pousse a etre justes et charitables. Ce principe bien plutot doit demander peu de méditation, encore moins d’abstraction et de combinaison ; il doit, indépendamment de toute culture intellectuelle, s’oll'rir a cha- cun, aux plus simples des hommes, se révéler a la première intui- tion, et nous ètre comme imposé directement par la réalité des choses. Tant que |’éthique n’a pas à nous montrer une telle base, elle peut bien dans les salles publiques disputer, parader: la vie réelle la nargue. Je dois donc aux moralistes ce conseil para- doxal : commencez, s’il vous plait, par étudier un peu la vie. § XIII. — Examen sceptique. Quand on songe a ces deux mille années et plus, consumées en efforts inutiles pour établir la morale sur de sûres assises, c’est une pensée qui peut bien venir a l’esprit, qu’il n’y a point de morale naturelle, point de morale indépendante de toute institu- tion humaine: la morale serait donc une construction de fond en comble artificielle; elle serait une invention destinée à mieux tenir en bride cette égoïste et méchante race des hommes; et dès lors, sans l’appui que lui prêtent les religions positives, elle s’é- croulerait, parce qu’il n’y a ni foi pour l’animer ni fondement naturel pour la porter. La justice en effet et la police ne peuvent suilire a leur lache: il est des fautes qu’il serait trop malaisé de découvrir, ou trop périlleux de punir; ici la protection officielle est impuissante. D’ailleurs, la loi civile peut bien imposer la jus- tice, et encore c’est·le plus qu'elle peut; quant a la charité et à la bienfaisance, non pas: car alors chacun voudraitbien jouer le role passif; mais le role actif, jamais. De la cette idée, que la morale reposerait sur la seule religion, toutes deux ayant pour but com- mun d’achever l’œuvre à laquelle ne suflit ni le statut fondamen- tal de l’État, ui la législation. Dès lors une morale naturelle, une morale fondée dans la nature des choses ou de l’homme, sans I