Page:Le Parnasse contemporain, I.djvu/209

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Le froid soleil d’hiver, qui ne fait rien éclore,
Glisse sur les coteaux dans sa pourpre incolore,
Comme un hôte ennuyé prompt à gagner le seuil.

Mais la tonnelle semble attendre sur la grève,
Et j’entends clairement pétiller dans l’auberge
La friture dorée et le vin d’Argenteuil.




LE GRAND ARBRE


Dans un parc oublié dont le silence amorce
Les rêveurs, sentinelle ancienne du seuil,
Le grand arbre muet isole son orgueil,
Et vers le ciel étend ses branches avec force.

Son tronc noir se raidit musculeux comme un torse,
Et son cœur dépouillé ferait un bon cercueil.
Il a l’air de porter l’empreinte d’un long deuil,
Et l’âge a sillonné profondément l’écorce.

Il sent qu’il n’est pas fait pour prêter aux amants
L’ombre dont le secret rassure les serments
Et les baisers, concert matériel des rêves.

Inutile à l’amour trop vulgaire pour lui,
Âpre et dur, il attend venir avec ennui
La fermentation violente des séves.


ALBERT MÉRAT.
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