Page:Le Parnasse contemporain, I.djvu/49

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A UN AMI




Ami, l’enjambement te répugne, et tu veux
Que Sara la baigneuse attache ses cheveux
Et rentre dans les fils d’un hamac plus avare
Son petit pied pleuré des mines de Carrare.
Te voilà désolé si la liberté veut
Qu’un mot sorte du vers. Jamais ton vers ne peut,
Comme un chasseur heureux d’un hibou qu’il rapporte,
Clouer joyeusement une idée à sa porte.
Tu ne permets jamais que, pour attirer l’œil,
Un adjectif pimpant se tienne sur le seuil.
Tu défends qu’une strophe, interrompant la classe,
Cause avec sa voisine, ou bouge de sa place.
Tu te fais proprement un caporal en vers.
Si jamais dans ton ode un rameau de travers
Sort de l’alignement, ton dur ciseau le tranche,
Sans craindre de couper la grâce avec la branche.
Qu’est-ce donc que t’ont fait, pour ainsi les lier,
Tes propres vers ? Es-tu leur père ou leur geôlier ?
Tu les maltraiterais s’ils osaient aux fenêtres
Se pencher pour cueillir des grappes ou des lettres ?

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