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ANTHOLOGIE DU XIXe SIÈCLE.

L’ongle frappant la terre, et les guerriers meurtris,
Et les vases brisés, et l’injure, et les cris.

Ainsi le grand vieillard, en images hardies,
Déployait le tissu des saintes mélodies.
Les trois enfants, émus à son auguste aspect,
Admiraient, d’un regard de joie et de respect,
De sa bouche abonder les paroles divines,
Comme en hiver la neige aux sommets des collines ;
Et, partout accourus, dansant sur son chemin,
Hommes, femmes, enfants, les rameaux à la main,
Et vierges et guerriers, jeunes fleurs de la ville,
Chantaient : « Viens dans nos murs, viens habiter notre île ;
Viens, prophète éloquent, aveugle harmonieux,
Convive du nectar, disciple aimé des dieux !
Des jeux, tous les cinq ans, rendront saint et prospère
Le jour où nous avons reçu le grand Homère. »


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NÉÈRE ET CHROMlS




Accours, jeune Chromis, je t’aime et je suis belle,
Blanche comme Diane et légère comme elle,
Comme elle grande et fière ; et les bergers, le soir,
Lorsque, les yeux baissés, je passe sans les voir,
Doutent si je ne suis qu’une simple mortelle,
Et, me suivant des yeux, disent : « Comme elle est belle ! »

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— Néère, ne va point te confier aux flots
De peur d’être déesse, et que les matelots
N’invoquent, au milieu de la tourmente amère,
La blanche Galatée et la blanche Néère. »

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