Page:Leroux - L'Epouse du Soleil.djvu/129

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pecterait sa vie… je ne pouvais croire Huascar… et je fermai les yeux pour mourir… dès mon entrée dans l’abominable Temple… et je les ai rouverts quand je t’ai senti là !… qu’allais-tu faire pour me sauver ?… car je savais que tu tenterais tout !… tout !… ah ! mon amour !… même dans la nuit de la tombe, j’espérais en toi !… Au fond des minutes atroces que j’ai passées là, dans le domaine des morts, la pensée que tu me sauverais ne me quittait pas. Tu ne me laisserais pas mourir ainsi, entre ces pierres… et je t’attendais… je t’attendais, moi que la mort avait liée déjà… et puis, j’ai commencé à étouffer !… et alors, je me suis dit : « Il viendra trop tard !… trop tard !… je serai morte quand il arrivera ! » Sous mes bandelettes ma poitrine se soulevait, ma bouche cherchait l’air qui commençait à me manquer… Oh ! papa ! mon bon papa !… Laissez-moi dire à Raymond, puisque c’est fini !… puisque… puisque je suis vivante… et que nous vivrons, et que nous nous aimerons… j’étouffais !… et mes oreilles commençaient à me faire entendre d’étranges musiques… quand tout à coup la muraille fut secouée, ébranlée autour de moi. Des coups sourds faisaient trembler la montagne qui était mon tombeau !… « C’est lui, me disais-je, c’est lui !… Vite !… Vite !… qu’il se dépêche ! » Mes yeux étaient grands ouverts dans les ténèbres et j’attendais la lumière… et, après un dernier coup terrible contre la muraille, la lumière vint ! je fermai les yeux en criant : « Raymond ! » Je me suis sentie tirée par derrière. Je rouvris les yeux. J’étais dans les bras de Huascar !… de Huascar qui me tenait étroitement serrée contre sa poitrine, de Huascar dont le visage passionné se penchait sur le mien, dont le regard de flammes me brûlait et je demandai à Dieu pourquoi il ne m’avait pas laissée mourir !… L’Indien me déposa dans un couloir obscur qu’éclairait un feu de résine, et là, il commença de délier mes bandelettes. Quand j’eus les bras et les mains libres, il me recouvrit de la robe de chauve-souris que l’on m’avait ôtée avant de me faire entrer dans le Temple.

Je le regardais agir avec épouvante, comme une esclave que rien ne peut sauver de son maître. Mais il m’annonça d’une voix rauque que je n’avais rien à craindre de lui et qu’il m’avait sauvée. Je ne pouvais le croire. Je ne pouvais pas croire Huascar. Je le regardais maintenant replacer dans la tombe d’où il m’avait tirée une momie pareille à celles dont nos « panthéons » sont pleins et refermer le trou qu’il avait creusé et préparé à l’avance autant qu’il lui avait été possible, sans éveiller les soupçons autour de lui : « Il n’y a pas de sacrilège, fit-il, puisque le dieu a le nombre d’épouses qu’il lui faut ! »

Il se tourna vers moi et, instinctivement, je reculai. « Je te fais encore peur, me dit-il… Sache donc que, sans moi, tu serais déjà morte et que j’avais tout disposé pour ton salut ! Et ne me remercie pas, puisque j’ai fait cela parce que je t’aime… » Je reculai encore, ou plutôt je me traînai, misérable et sans force, hors de ses bras qui se tendaient vers moi. « Il y en a d’autres qui t’aiment, dit-il encore, et qui auraient voulu te sauver… et qui ont tout fait pour que tu meures !… J’ai dû faire échouer moi-même leurs tentatives dangereuses, car les quichuas t’auraient offerte au dieu, quand même, morte s’ils ne pouvaient te garder vivante !… »

Je ne croyais pas Huascar. Je lui dis : « Tu ne m’as sauvée que pour mieux me perdre. Qu’as-tu fait de mon frère ?

— Tu veux le voir, me dit-il, viens !

Et comme j’étais incapable de faire un pas, il me prit dans ses bras et nous nous enfonçâmes dans les couloirs de la nuit qui ne doivent avoir aucun secret pour lui.

J’entendais contre moi le battement de son cœur et j’avais plus peur que lorsque j’étouffais dans la muraille du Temple.



UN SERMENT QUI
NE COMPTE PLUS


Enfin, il poussa une porte, et deux cris joyeux retentirent. J’étais en face de papa et de Christobal qui me prirent des bras de Huascar et me couvrirent de baisers. L’Indien dit : « Je vous avais promis de vous rendre votre fille et votre fils, señor ! les voici ! Vous ne courez plus maintenant aucun danger ! Un Inca ne manque jamais à sa parole ! »

Sur quoi, il salua, et nous ne l’avons plus revu !… J’ai voulu te dire tout cela, Raymond, pour que, si par hasard tu rencontrais jamais cet homme, tu saches ce que nous lui devons !…

À ces derniers mots, le jeune homme tressaillit et serra nerveusement la main de Marie-Thérèse.

— Oh ! Marie-Thérèse, fit-il, la voix tremblante, je sais ce que je lui dois. Il t’a sauvée, il m’a sauvé… et moi je lui ai juré