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LIVRE IV : LE DICTATEUR



À Arequipa, c’était jour de fête. La population de la ville et de la campina (banlieue) se pressait sur la grande place publique et dans les calles environnantes pour assister au retour triomphal du vainqueur de Cuzco, le brave général Garcia que l’on avait déjà surnommé « le bon dictateur » et qui avait promis à ses partisans de balayer, dans les quinze jours, le président Veintemilla, les Chambres et tout le système parlementaire qui, affirmait-il, avait ruiné le Pérou.

Les Arequipenos étaient préparés à entendre ce langage. La politique avait toujours dominé dans ce pays ; c’est de là qu’étaient parties toutes les révolutions. Terriblement turbulents, les habitants d’Arequipa trouvaient qu’il y avait bien longtemps qu’ils n’avaient vu un « sauveur » à cheval ! Aussi, puisque ce jour-là il devait leur apparaître dans le plus bel équipage, avaient-ils mis leurs plus beaux habits. Les femmes se montraient particulièrement coquettes. Des roses dans les cheveux, elles avaient encore les bras pleins de fleurs, celles-ci à destination du héros. Les Indiens, après avoir vendu leurs poules au marché, s’étaient mêlés en grande quantité au mouvement qui poussait tout ce monde sur les pas du vainqueur.

La place principale semblait, pour la circonstance, avoir relevé les ruines de ses