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I.



Weymar 1850.


Chopin ! doux et harmonieux génie ! Quel est le cœur auquel il fut cher, quelle est la personne à laquelle, il fut familier qui, en l’entendant nommer, n’éprouve un tressaillement, comme au souvenir d’un être supérieur qu’il eut la fortune de connaître ? Mais, quelque regretté qu’il soit par tous les artistes et par tous ses nombreux amis, il nous est peut-être permis de douter que le moment soit déjà venu où, apprécié à sa juste valeur, celui dont la perte nous est si particulièrement sensible occupe dans l’estime universelle le haut rang que lui réserve l’avenir. S’il a été souvent prouvé que nul n’est prophète en son pays, n’est-il pas d’expérience aussi que les hommes de l’avenir, ceux qui le pressentent et le rapprochent par leurs œuvres, ne sont pas reconnus prophètes par leur temps ? A vrai dire, pourrait-il en être autrement ? Sans nous en prendre à ces sphères où le raisonnement devrait jusqu’à un certain point servir de garant à l’expérience, nous oserons affirmer