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pressions nous transporte tellement aux temps et aux croyances qu’il ressuscite, que nous ne serions point étonné qu’au sortir de cet opéra, une fraction du public douée d’une imagination vive et tendre, ne fût presque convaincue de l’existence même du St Graal, de son temple, de ses chevaliers, et de ses félicités inouies.

La musique de cet opéra a pour caractère principal une telle unité de conception et de style qu’il n’est pas une phrase mélodique bien moins encore un morceau d’ensemble, ou un passage quelconque, qui en étant détaché du reste, puisse être compris selon sa propriété, et son véritable sens. Tout se lie, s’enchaîne, se gradue ; tout est inhérent au sujet et ne saurait en être séparé. Il deviendrait même difficile d’apprécier avec justesse des fragmens extraits de cette surface, où rien n’est mosaïqué, intercallé, surajouté, enclavé ; où tout se tient et s’enchaîne comme les mailles d’un réseau ; où tout est préconçu, préfixé ; où chaque progression d’harmonie est précédée ou suivie d’une pensée correspondante : préméditation essentiellement allemande par sa rigueur systématique, et qui peut faire dire de cette grande œuvre, qu’elle est la plus réfléchie des inspirations. Il est d’ailleurs aisé de se rendre compte pourquoi tout épisode isolément entendu perdrait de son charme, en songeant au principe par lequel Wagner a per-