Page:Lucrèce, Virgile, Valérius Flaccus - Œuvres complètes, Nisard.djvu/500

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VALER1US FLACCUS. ce i|u’il lui faut. Calme et coudant, il aborde le jeune homme, et, donnant à ses paroles un air de sincérité, il lui dit : » Il est une entreprise plus glorieuse que tou- ■ tes celles de l’antiquité ; accepte-la, encourage- —■< la. Tu sais comment Phrixus, né du sang dont ■ nous sortons nous-mêmes, échappa aux autels " où son père voulait l’immoler. Cependant lefa- ■ rouche Etés, le maître de la Scythie et des rives — glacées du Phase, l’assassina (honte au Soleil !) ■• à la table de l’hospitalité, au milieu d’un festin • solennel et des convives épouvantés ; double- « ment ingrat envers sa famille et envers les « dieux. La Renommée n’est pas la seule de qui • j’ai appris ce forfait ; la victime elle-même, la • victime m’apparaît gémissante, quand je cède • à peine à un tardif sommeil ; son ombre eusan- ■ glantée, celle d’Hellé, divinité des mers, sol- — licitent incessamment ma vengeance. Si j’a- « vais mes forces d’autrefois, la Colehide serait " déjà puuie, et l’on verrait ici la tète et les ar- « mes de son roi. Mais les ans ont émoussé ma vi- — gueur, et mon fils n’est point encore mûr, ni pour — commander, ni pour tenter la mer et les com- « bats. Toi qui as déjà les soucis et les mâles peu- « sées de l’homme, va, noble enfant ; rends à nos < temples grecs la toison de Néphélé ; montre-toi « digne de cette expédition périlleuse. » Telles étaient les exhortations ou plutôt les ordres de Pelias. Il se tut ; mais des Cyanées, cesécueils de la mer de Scythie, dont il connais- sait trop bien les dangers ; mais du gardien de la toison, ce dragon monstrueux qui darde sa langue aux mille pointes, que la filled’Étés attire hors de son antre par des enchantements, et nour- rit chaque jour d’un miel empoisonné la veille, il n’en dit pas un mot. Jason a de suite deviné le piège : la toison n’est qu’un prétexte ; c’est sa haine qui le livre à la fureur des mers. Et comment obéir ? quel moyen d’atteindre la Colehide ? Tantôt il voudrait les talonnières de Persée, tantôt l’attelage de dra- gons que donna Cérès au premier laboureur, à celui qui proscrivit le gland et fit jaillir de la terre les moissons jaunissantes. Que va-t-il faire ? En appeler à un peuple léger qu’aigrit un despo- tisme sans fin, et aux grands, touchés depuis longtemps du sort d’Éson ? ou bien, sous les auspices de Junon et de la belliqueuse Pallas, obéir, affronter et dompter les vagues ? Que si, triomphant de la mer, il pouvait rendre son nom fameux, ô Gloire ! c’est toi qui enflammes son cœur, toi au front toujours jeune, aux lauriers toujours verts, et qu’il voit, debout sur la rive du Phase, appeler ses jeunes compagnons. Enfin la Religion vient raffermir son âme et fixer ses incertitudes. Il lève pieusement ses mains vers le ciel : « Reine toute-puissante, dit-il, quand « Jupiter en courroux épanchait dans les airs de « noirs torrents de pluie, si je te portai à travers « les flots gonflés de l’Énipée, si je te mis à l’abri « du péril, ne pouvant croire que tu fusses une « déesse, jusqu’à ce que le tonnerre, signe de la « volonté de ton époux, t’ayant rappelée, tu dis- Ira maris Tas tique placent discrimina ponti : Qnum juvenem, tranquilla tuens nec froote timeiulus, Occupât, cl fictis dat vultum et pondéra verbis : Hanc mihi militiam, veterum quae pulcln ior actis, 4(1 Annne, Jaque aninumi : nostri de sanguine Phrixus Cretlieos ut patrias audisti effugerit aras. Hune férus /Eetes, Scylhiam Pliasinqueiïgentem Qui colit, (lieu magui Solis pudor !) hospita vina Inler et altonitaj maclat solennia mensae, 4j Nil nostri divumque memor : non nunlia tantuin Fama refert ; ipsum juvenem tam saeva gementem, Ipsum ego,quumserus fessossopor alligat artus, Aspicio, meque assiduis lacera illius timbra Questibus, et magni uumen maris excitât Helle. au Si mihi, quae quondam, vires ; vel pendere peenas Colcbida jam, et régis caputbic atque aima videres. Olim annis ille ardor bebet, needum mea proies Imperio et belli rébus matura marique. Tu, cui jam cura^que vigent animique viriles, 55 I, decus ! et pecoris nephelaei vellera graio Hedde tbolo, « c tanlis temet dignare periclis. Talibus borlalur juvenem, piopiorque jubenti Conlicuit ; certus scythico concurrere ponlo Cyaneas ; tantoque silet possessa dracone 60 Vellera, multilldas régis queni lilia lingiias Vibranlem exadytis cantu dapibusque vocabat, Et dabat besterno liventia mella veneno. Mox taciti patuere doli ; nec vellera cura ; K-.se viro, sed sese odiis immania cogi 65 In fréta : qiia jussos sic tandem quaerere Colclios Arte queat ? niinc aerii planlaria vellet Perseos, ont enn uni, ut saevos frenasse dracones Credilus, ignaras Cereris qui vomere terras Imbuit, et llava quercum damnavit arista. 70 lieu quid agal ? popuiumne levem veterique tyranno Infensum, atque olim miserantes /Esona patres Advocel ? an socia Junone et Pallade fretus Armisona superet magis, et fréta jussa capessal ? Si qua operis tanti doinilo consurgere ponto 75 Fama queat, tu sola animos menlemqiie permis, Gloria ! te viridem videt immunemque senectae Pbasidis in ripa stantem, juvenesque vocautem. Tandem animi inierlum confosaque pectora In mat Relligio, tendens(|ue pias ad sidéra palmas : SU Omnipolens regina, inquit,quam, turbidus atro .-Etirera caeruleum quateret qnum Jupiter imbre, Ipse ego praecipiti lumidum per Enipea nimbo In campos et tu ta tuli ; nec credere quivi Ante deam, quam te tonitru nuluque reposi i,*5 Conjugis, et subita raptam lormidine vidi,