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DE LA NATURE DES CHOSES

Forment ces corps changeants, le feu, la terre, l’eau
Et tout ce qui du monde anime le tableau ?

Mais, dis-tu, l’évidence est là : du sol éclose,
Dans l’air vivant s’élance et grandit toute chose.
Si le souffle constant des clémentes saisons
N’a point fait sous l’averse onduler les moissons
Que la chaleur solaire essuie et réconforte,
La croissance languit et la Nature avorte.
Nous-mêmes nous verrions dépérir notre corps
Et des nerfs desséchés se rouiller les ressorts,
Si la boisson mêlée aux aliments solides
Ne répandait la vie en nos veines avides.
Oui, l’homme se nourrit, il le faut, j’en conviens ;
Il a ses aliments et chaque être a les siens.
Eh bien ! si la moitié des choses nourrit l’autre,
820C’est que dans tous ces corps qui réparent le nôtre
La Nature a jeté des principes communs
Que leurs chocs, leurs concours plus ou moins opportuns
Et les impulsions qu’ils reçoivent et donnent
En groupes variés diversement ordonnent.
Les germes sont communs, l’ordre seul est divers ;
Et tout, ciel, feu, soleil, terre, fleuves et mers,
Ce qui végète ou vit, les animaux et l’homme,
Des mêmes éléments l’univers est la somme.
Pourquoi non ? C’est ainsi que les sons, dans mes vers,
Communs à plusieurs mots, forment des mots divers,
Et les groupes changeants de vingt lettres pareilles
Frappent de sens nouveaux les yeux et les oreilles.
De leurs combinaisons si grand est le pouvoir !