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LIVRE PREMIER

L’aire du mouvement infatigable embrasse
L’immensité qu’il peuple ; et l’infini trésor
Assure aux éléments un éternel essor.
Enfin partout aux yeux un même fait s’impose :
Une chose toujours limite une autre chose.
L’air borne les coteaux, et les monts bornent l’air,
L’onde borne le sol, et la terre la mer ;
Mais il n’est pas de chose extérieure au monde.
C’est en vain qu’à travers l’immensité profonde,
Depuis l’aube des temps jusqu’au dernier des jours,
Les fleuves transparents prolongeraient leur cours,
Ils n’abrégeraient pas leur carrière future.
Partout au mouvement s’ouvre un champ sans mesure.
L’ordre de l’univers n’admet aucune fin.
Puisque partout le vide alterne avec le plein,
Qu’ils se servent tous deux de borne mutuelle,
1020Leur trame, indéfinie, est donc perpétuelle.
Sinon, l’un est borné, mais l’autre ne l’est plus,
Et seul épand au loin, sans flux et sans reflux,
Son essence, infinie, unique et solitaire.
Ni le ciel éclatant, ni la mer, ni la terre
Ne pourraient échapper toute une heure au néant.
Pêle-mêle emportés à l’abîme béant,
Avec le genre humain s’en iraient en poussière
Les corps sacrés des dieux et la Nature entière.
Et comment aurait pu cette diffusion
Grouper les éléments d’une création ?

Car ce n’est certes pas à dessein, par un pacte,
Par les prévisions d’une science exacte,