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DE LA NATURE DES CHOSES

Ah ! misérables cœurs, aveugles que nous sommes !
Quels dangers, quelle nuit profonde, pauvres hommes,
Environnent ce peu qu’est la vie ! Et pourtant,
20La Nature, voyez, n’en demande pas tant :
Le bien-être du corps et le repos de l’âme ;
Ni douleur, ni terreur ; et c’est tout. Que réclame
Le corps pour être exempt de tous maux ? La santé.
Quant aux raffinements, lits de la volupté,
La Nature s’en passe, et la raison comme elle.

À d’autres ces palais où l’opulence mêle
Aux nocturnes festins, au bruit des chœurs, au chant
Des cithares, l’éclat des vaisselles d’argent,
La splendeur des parois de bronze et d’or vêtues
Et les lampes en feu dans la main des statues !
Nous, sur le frais tapis d’une herbe épaisse, aux bords
D’un ruisseau, mollement nous étendons nos corps.
Qu’importe à nos loisirs la richesse des marbres,
Quand le printemps nous rit à travers les grands arbres
Et sur l’herbe répand la parure des fleurs !

La pourpre, les lits peints d’éclatantes couleurs
Sur le feu de la fièvre ont-ils plus de puissance
Que le rude grabat du peuple ? La naissance
Et le commandement suprême et les trésors
40Sont des remèdes vains contre les maux du corps.
Et l’âme ? Je vois peu ce que sa paix y gagne :
À moins qu’à l’heure où bout dans l’ardente campagne
Le tumulte guerrier ; quand, rempart des soldats,
Les vastes éléphants s’avancent aux combats ;