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DE LA NATURE DES CHOSES
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Tant le petit au grand peut prêter de lumières !
Le moindre fait nous guide aux vérités premières.
Compare à l’univers ce nuage vermeil,
Ce monde que balance un rayon de soleil.
Je veux te faire lire en cette humble poussière
Le travail invisible et sourd de la matière.
Vois ces points, sous des heurts que l’œil ne saisit pas,
Changer de route, aller, revenir sur leurs pas,
Ici, là. Quelque atome en passant les dérange,
Et c’est ce qui reforme ou défait leur phalange :
Par lui-même en effet se meut tout corps premier.
140Sur les groupes errants qui n’ont pu se lier
S’il tombe un poids égal, il les réduit en poudre.
L’imperceptible choc n’a-t-il pu les dissoudre ?
Ont-ils pu résister ? Ils tremblent seulement.
Ainsi des corps premiers part tout ce mouvement
Qui par degrés arrive à nos sens et rencontre
Enfin ces frêles grains que le rayon nous montre.
Nous voyons ondoyer leur poussière, et nos yeux
Ne peuvent point saisir la cause de leurs jeux.

Maintenant, Memmius, un exemple entre mille,
Pour montrer à quel point la matière est mobile :
Quand l’aube sur la terre épand ses feux nouveaux,
Lorsque, dans les forêts sans chemins, les oiseaux,
En foule voltigeants, de leurs chansons limpides
Emplissent à l’envi les bois et l’air fluide,
Vois quel subit éclat : le soleil prend l’essor
À peine, que déjà le monde est vêtu d’or !