Page:Lucrèce - De la nature des choses (trad. Lefèvre).djvu/289

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N’a jamais enfanté ces formes fantastiques.
Autant prétendre aussi que les hommes antiques,
Dans le premier essor de leurs membres géants,
Pouvaient d’un bond franchir les vastes océans
Et faire d’une main tourner l’orbe du monde ;
Qu’en fleuves radieux l’or coulait comme l’onde,
Ou que les fleurs des bois étaient des diamants.
Sans doute, pour suffire à ses enfantements,
La terre disposait de germes innombrables ;
Rien n’implique pourtant ces jeux invraisemblables,
Ces mélanges confus de bizarres tronçons.
Les types végétaux, les herbes, les moissons
Que sans relâche encor nous prodigue la terre,
Sans se mêler jamais, gardent leur caractère.
Chaque chose a sa ligne ; et rien n’a dépassé
960Le cercle initial où le genre est fixé.

Lorsque l’homme apparut sur le sein de la terre,
Il était rude encor, rude comme sa mère ;
De plus solides os soutenaient son grand corps,
Et des muscles puissants en tendaient les ressorts.
Peu de chocs entamaient sa vigoureuse écorce ;
Le chaud, le froid, la faim, rien n’abattait sa force.
Des milliers de soleils l’ont vu, nu sous le ciel,
Errer à la façon des bêtes. Nul mortel
Ne connaissait le fer ; nul, de ses bras robustes,
Ne traçait de sillons et ne plantait d’arbustes.
Point de socs recourbés, alors ; point de ces faux
Qui des grands arbres vont trancher les vieux rameaux.
Les bienfaits de la terre et des cieux, les largesses