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LIVRE PREMIER
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Le vide est donc un point acquis et démontré.
Il faut, pour en finir, qu’à tes yeux je dissipe
Une erreur qui pourrait t’obscurcir ce principe. 380
— L’onde cède, a-t-on dit, à l’effort du poisson ;
Le flot chassé reflue et comble le sillon
Que la gent écailleuse a creusé derrière elle.
Par une pression constante et mutuelle,
Les corps changent de place encor que tout soit plein. —
Mais ce n’est rien résoudre, et l’argument est vain ;
Car enfin, ce que l’eau cède au poisson qui passe
Et le poisson à l’eau qui s’enfuit, c’est l’espace ;
Sans lui leur double essor est d’avance arrêté ;
Sans lui, tout corps languit dans l’immobilité.
Oui, le vide est partout présent dans la substance ;
C’est le point de départ où l’action commence.

Quand deux plans adhérents sont brusquement disjoints,
Avant que l’air entre eux ait rempli tous les points,
Un vide se produit. Si largement qu’abonde
L’afflux accéléré de l’air, l’onde suit l’onde,
Gagnant un lieu d’abord, puis un autre, puis tout.
L’air n’a donc pas comblé tout l’espace d’un coup.
Devant l’écart des plans, dit-on, l’air se contracte,
Pour moi, je vois un vide où fut un corps compact. 400
Ce que je voyais vide est plein. L’air est subtil ;
Mais peut-il se réduire ainsi ? Mais le pût-il,
Pour qu’il rentre en lui-même à ce point et resserre
Ses flots épars, le vide encore est nécessaire.
Allons, il faut se rendre, et, sans plus de détours,
Confesser que le vide est partout et toujours.