Page:Lucrèce - De la nature des choses (trad. Lefèvre).djvu/87

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Cette page a été validée par deux contributeurs.
19
LIVRE PREMIER

Exempte de tout vide et de toute substance :
Rien n’existe sans forme ou sans dimension.
Si faible sur les sens que soit l’impression,
L’objet en est matière ; et tout espace où l’être
440Sans obstacle palpable impunément pénètre,
C’est le vide. Ainsi tout, ou bien doit se mouvoir,
Sinon par un effet de son propre pouvoir,
Au moins sous l’action de quelque autre matière,
Ou bien au mouvement doit servir de carrière.
Or, puisque l’action et les chocs mutuels
N’appartiennent jamais qu’aux corps substantiels,
Puisque l’espace ouvert ne peut être que vide,
Rien n’existe en dehors du vide et du solide,
Nulle réalité qui puisse en aucun temps
Donner prise à l’esprit ou tomber sous les sens.
Nous n’admettrons donc pas de troisième nature.

Tout ce qu’on rangerait dans cette classe obscure
Se relie aisément aux deux premiers états,
Soit comme qualités, soit comme résultats.

J’appelle qualité ce que nulle puissance
N’ôterait d’un objet sans en briser l’essence :
La chaleur dans le feu, le poids dans le rocher,
L’humidité dans l’eau, dans les corps le toucher,
Dans le vide absolu la pure inconsistance.
460Tout ce dont la venue aussi bien que l’absence
Laisse subsister l’être en son intégrité,
Comme discorde et paix, servage et liberté,
Opulence et misère, à bon droit je l’appelle