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LIVRE PREMIER

Soutiens de l’univers, que leur enchaînement
Dans leur simplicité garde éternellement !

Si l’atome n’est pas la fraction suprême,
Le plus minime corps est composé lui-même
De corps infiniment divisibles, et tout
Par moitiés de moitiés en moitiés se dissout ;
Et l’infini devient la commune mesure
Entre le point infime et l’immense nature :
Comment les distinguer ? Est-ce que l’on surprend
Le terme du petit plus que la fin du grand ?
Ce sont deux infinis. Mais la raison proteste,
Et dans ce mauvais pas un seul recours lui reste,
L’atome, l’unité pleine, sans fraction,
Dont le corps simple échappe à la destruction.

L’être ne se résout qu’en ses principes mêmes ;
620Si ce ne sont pas là les éléments extrêmes,
Au lieu de combiner pour de nouveaux efforts
Ces poids, ces mouvements, ces chocs et ces rapports
Par lesquels l’univers se reconstruit et dure,
Sourds au pressant appel de la mère Nature,
En stériles fragments évaporés sans fin,
Ils fuiront à sa voix et fondront sous sa main.
C’est par leur union qu’enfante la matière ;
Comment s’uniront-ils s’ils tombent en poussière ?
Mais s’il n’est pas de terme à leurs divisions,
Encore faudra-t-il que nous en convenions !
Un certain nombre au moins, à tous les coups rebelle,
Sans perte a dû franchir la durée éternelle.