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DE LA NATURE DES CHOSES
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Ces vainqueurs d’Apollon n’ont pas compris le monde,
Et, grands, ils sont tombés d’une chute profonde.

Sans vide ils ont voulu fonder le mouvement ;
C’est leur première erreur. Car, sans vide, comment
Concevoir les corps mous à trame vacillante,
Air, eau, flamme, soleil, terre, animal ou plante ?
Puis, refusant à l’être un minimum certain,
Ils livrent la nature aux fractions sans fin.
Or il est évident que la limite extrême
Où s’arrêtent nos sens est l’atome lui-même :
C’est là le minimum de l’être ; et je conclus
Que l’atome est ce point qu’on ne discerne plus.
760Ajoute qu’aux objets ils donnent pour principe
Des éléments poreux et dont la mort dissipe,
Anéantit, la masse et l’essence ; si bien
Que l’univers bientôt doit retourner à rien ;
Et c’est de rien qu’il faut que la Nature émane.
Ce sont là deux erreurs que la raison condamne.
Tous ces corps ennemis, l’un à l’autre poison,
Ne pourraient accepter nulle combinaison.
Ils s’enfuiraient épars comme font dans l’orage
Les tonnerres, les vents, la pluie et le nuage.

Si les choses enfin doivent se convertir
En ces quatre éléments dont on les fait sortir,
Pourquoi donc, aussi bien, ne pas voir dans les choses
Les germes de ces corps dont on les dit écloses ?
Ou, l’un de l’autre issus, par de constants retours
Ils échangent entre eux leurs couleurs, leurs contours,