Page:Luzel - Contes bretons, Clairet, 1870.djvu/51

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Cette page a été validée par deux contributeurs.



L’HOMME AUX DEUX CHIENS.
________


Une fois il y avait, un jour il y aura.

C’est le commencement de tous les contes [1]

Il y avait une fois un roi de France qui n’avait qu’un seul enfant, une fille. Il était très peiné de n’avoir pas un fils, pour lui succéder, et il se disait avec douleur : ma race s’éteindra donc avec moi ! et cette pensée le tourmentait beaucoup. Quoique déjà âgés, la reine et lui priaient Dieu tous les jours de leur accorder un fils. Leurs prières furent enfin exaucées, et il leur naquit un fils, un fort bel enfant.

Le vieux roi mourut bientôt après, après avoir marié sa fille à un roi puissant ; et la reine aussi ne tarda pas à le suivre. Le jeune prince, nommé Jean, devait monter sur le trône à l’âge de vingt-et-un ans ; mais, en attendant sa majorité, sa sœur et son mari étaient investis de l’autorité souveraine. La naissance du prince avait contrarié les projets ambitieux de sa sœur ; aussi lui témoignait-elle peu d’affection. Elle le relégua chez un fermier, à quelque distance de son palais, et elle allait assez rarement le voir. Cependant le jeune prince grandissait ; le fermier l’aimait comme son fils, et il se trouvait chez lui aussi bien qu’à

  1. Chaque conteur a ordinairement sa formule pour commencer comme pour finir ses récits ; celle-ci est une des plus ordinaires pour entrer en matière.