Page:Luzel - Contes populaires, volume 2, 1887.djvu/349

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Le peuple entier applaudit aux paroles du roi, et il fut fait en tout comme il avait dit.

Et quant au Satyre, il resta aussi à la cour, et le roi en fît son premier ministre.


Conté par Jacques Ar Falc’her, domestique au
Melchonnec, en Plouaret. — Janvier 1870.


L’épisode de l’enterrement de l’enfant, dans ce conte, doit être un souvenir d’un épisode semblable du Roman de Merlin, de Robert de Borron, poète du XII° siècle. Merlin chevauchait pour se rendre à la cour du roi Vortigern, en la compagnie des messagers envoyés pour le quérir. Comme ils passaient dans une ville, voilà qu’on portait un enfant en terre, et il y avait derrière le cercueil un grand nombre de gens qui menaient grand deuil. Quand Merlin vit ces hommes et ces femmes, qui pleuraient, et les prêtres, qui chantaient et menaient le cortège, il s’arrêta et éclata de rire. On lui demanda la cause de cette conduite. « Je ris, dit-il, d’une grande merveille que voici. Voyez ce prud’homme qui pleure, et puis ce prêtre qui chante devant tous les autres. Il devrait, en vérité, faire le deuil du prud’homme ; car, sachez que cet enfant qu’on porte en terre est son fils, quoique le prud’homme qui le pleure le croie sien. Ainsi, celui auquel il n’est rien en porte vivement le deuil, et celui qui est son père chante. » Les messagers, étonnés de cette nouvelle, lui demandèrent : « Comment pourrons-nous nous assurer de ce fait ? » — « Allez, leur dit-il, à la mère, et demandez-lui pourquoi le sire mène si grand deuil ? Elle vous répondra : « Pour son fils, qui est mort. » Et vous lui répondrez : — « Certes, nous savons aussi bien que vous qu’il est le fils du prêtre qui chante là-bas, car c’est lui-même qui nous l’a dit. » lis firent comme demandait Merlin ; et quand la femme entendit cette réponse, elle s’effraya durement, et les supplia de n’en rien dire à son mari, car il en mourrait. Alors ils s’approchèrent du prêtre et lui dirent à l’oreille : « Dom curé, voilà le sire qui