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L’amiral Russel avoit mouillé avec force vaisseaux à Barcelone , où le marquis de Villena s’étoit retiré avec le débris de son armée , et nos forces navales n’étoient pas bastantes ’ contre celles de Russel. Celles des ennemis avoient visité nos côtes tout l’été, bombardé ce qu’elles avoient pu , et brûlé presque toute la ville de Dieppe. Le chevalier de Lorraine, qui étoit à Forges, y courut avec quelques preneurs d’eaux et y aida de son mieux le maréchal de Choiseul et M. de Beuvron. Le roi écrivit au chevalier de Lorraine pour le remercier du zèle qu’il avoit témoigné.
Il ne se passa rien en Italie, et tout s’y termina au blocus de Casai. MM. de Vendôme passèrent presque toute la campagne en Provence, où le maréchal Catinat les avoit détachés avec quelques troupes.
En Flandre on ne fit que s’observer et subsister. 11 s’en passa une grande partie au camp de Vignamont, où à la fin les fourrages devin- rent éloignés et difficiles. Le prince d’Orange fut obligé d’en aller chercher le premier , et prit son temps de décamper le 17 , que presque toute l’armée de Monseigneur étoit au fourrage. Néanmoins, le soir même, la gauche marcha avec les maréchaux de Vilieroy et de Boufflers, lequel avoit joint depuis deux jours, et le lendemain 18, Monseigneur et M. de Luxembourg suivirent avec le reste de l’armée. Les ennemis avoient deux marches d’avance, et Monseigneur la Sambre et force ruisseaux et défilés à passer, et avoit à gagner le campd’Espierres avant qu’ils s’en fussent saisis. Son armée marcha en plusieurs corps séparés. L’infanterie fut soulagée par un grand nombre de chariots qu’on fit trouver , et la Sambre convoya l’artillerie et les vivres tant qu’on s’en put aider. La marche se fit avec un grand ordre et une telle diligence, le maréchal de Villeroy toujours en avant, que Monseigneur prit le camp d’Espierres, le 25 , en même temps que la tète des ennemis paroissoit de l’autre côté. On se canonna le reste du jour, le ruisseau d’Espierres entre-deux, et les ennemis, sur le soir, se retirèrent. Cette importante marche fut très-belle et fort admirée. Le reste de cette cam- pagne ne fut plus que subsistances. Les princes s’en allèrent d’assez bonne heure à Fontainebleau , et M. de Luxembourg , après leur départ, courut en vain en personne avec quelques troupes pour enlever le quartier du comte d’Athlone, qu’il trouva décampé sur l’avis qu’il avoit eu.
Notre campagne d’Allemagne s’acheva fort tranquillement. Nous demeurâmes quarante jours à Gaw-Boecklheim dans le plus beau et le meilleur camp du monde , et par un temps charmant , quoique tournant un peu sur le froid : ce commencement de froid m’y attira une dispute pour une maison avec d’Esclainvilliers, mestre de camp de cavalerie; cela alla pourtant jusqu’à M. le maréchal de Lorges, qui sur-le-champ m’envoya dire par Permillac, maréchal des logis de la cavalerie, que la maison étoit à moi , et qui le signifia à d’Esclainvilliers. Peut-être lui en dit-il davantage, car d’Esclainvilliers vint dès le soir à moi qui causois sur le pas de ma porte avec le prince de Talmont et cinq ou six autres brigadiers ou mestres de camp , et me fit force excuses. Il revint
4. Suffisantes.