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[1696] négociation; tessé. 211
plus de quatre-vingts ans. Il vaqua par sa mort le gouvernement de Mont-Royal et un collier de l'ordre , et le public et les troupes qui lui rendirent justice trouvèrent honteux qu'il n'eût pas été fait maréchal de France. J'ai parlé de lui lorsqu'on les fit. Le marquis de Noailles qui servoit en Flandre y mourut de la petite vérole , et ne laissa que deux filles. Le duc son frère eut pour un de ses fils enfant la lieutenance générale d'Auvergne , qu'il avoit.
Il ne faut pas omettre la mort de deux hommes célèbres en genre fort différent qui arriva en ce même temps : de Varillas, si connu par les histoires qu'il a écrites ou traduites, et du Plessis, écuyer de la grande écurie , et le premier homme de cheval de son siècle , quoique déjà fort vieux.
Une autre mort fit plus de bruit dans le monde , et y eut de grandes suites. C'est celle du fameux roi de Pologne Jean Sobieski, qui arriva subitement. Ce grand homme est si connu que je ne m'y étendrai pas.
En Catalogne, M. de Vendôme battit la cavalerie d'Espagne; elle étoit de quatre mille hommes , à la tète desquels étoit le prince de Darmstadt. Ils en ont eu le quart tué ou pris, et le comte de Tilly , commissaire gé- néral, neveu de Serelves, est des derniers; et il n'en a coûté qu'une centaine de carabiniers et autant de dragons. Longueval, lieutenant général , fut reconnoltre , après l'action , leur infanterie qui étoit dans un camp retranché, et fut emporté d'un coup de canon.
L'Italie fut plus fertile. Le roi , résolu de ne rien oublier pour donner la paix à son royaume, qui en avoit un grand besoin, jugea bien qu'il n'y parviendroit qu'en détachant quelqu'un des alliés contre lui , dont l'exemple affoibliroit les autres , et lui donneroit plus de moyens de leur résister et de les amener à son but , et il pensa au duc de Savoie conome à celui dont les difficiles accès lui causoicnt plus de peine et de dé- penses, et qui d'ailleurs se trouvoit fort molesté par les hauteurs de l'empereur, et très-mal content de l'Espagne , qui lui tenoient tous très- peu de tout ce qu'ils lui avoient promis et de ce qu'ils lui promettoient sans cesse. Le roi donc , pour parvenir à réussir dans son dessein , donna au maréchal Catinat une armée formidable et en même temps des in- structions secrètes fort amples , avec des pleins pouvoirs pour négocier et , s'il se pouvoit , conclure avec M. de Savoie.
Catinat passa les monts de bonne heure , et , gardant une exacte dis- cipline , menaçoit de dévaster tout , et de couper sans miséricorde tous les mûriers de la plaine , qui faisoient le plus riche commerce du pays, par l'abondance des soies , et dont la perte l'eût ruiné pour un siècle , avant de pouvoir être remis. M. de Savoie avoit vu brûler ses plus belles maisons de campagne les années précédentes , et les lieux de plaisance qu'il avoit le plus ornés ; il avoit éprouvé ce que peut une armée supé- rieure que rien n'arrête : il vouloit la paix , et Catinat crut voir distinc- tement que c'étoit tout de bon. Le maréchal avoit contribué à se faire associer le comte de Tessé pour la négociation : il falloit un homme in- telligent et de poids, qui, s'il étoit nécessaire, pût parler et répondre, ce que le maréchal n'étoit pas en situation de faire à la tête d'une armée qui avoit les yeux sur lui , et dont il n'y avoit pas moyen qu'il disparût
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