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MADAME DE SOUBISE. 369
ses neveux , qui étoient chez elle comme les enfants de la maison , et j'ai vu cette intimité de mon beau-père arec ces trois dames exister la même depuis un si grand nombre d'années.
M. de Turenne entra donc dans cette affaire comme dans la sienne propre; Mme de Rohan la poursuivit comme une grâce qu'elle deman- doit instamment; Mme de Chevreuse y mit tout son crédit et toutes ses anciennes liaisons avec la reine , et ils l'emportèrent. Ils obtinrent pres- que en même temps de faire Mme de Soubise dame du palais, et une fois à la cour, sa beauté fit le reste. Le roi ne fut pas longtemps sans en être épris. Tout s'use : l'humeur de Mme de Montespan le fatiguoit; au plus fort même de sa faveur il avoit eu des passades ailleurs, et lui avoit même donné des rivales. Celle-ci sut bien se conduire : Bontems porta les paroles; le secret extrême fut exigé, et la frayeur de M. de Soubise fort exagérée. La maréchale de Rochefort, accoutumée au mé- tier, fut choisie pour confidente. Elle donnoit les rendez-vous chez elle où Bontems les venoit avertir; et toutes deux, bien seules et bien affu- blées, serendoient par des derrières chez le roi.
La maréchale de Rochefort m'a conté qu'elle avoit pensé mourir une fois d'embarras : il y eut du mécompte. Bontems arriva mal à propos; il fallut, sous divers prétextes, se défaire de la compagnie qu'on avoit laissée entrer, parce qu'on ne comptoit sur rien ce jour-là, et toutefois garder Mme de Soubise pour la conduire après où elle étoit attendue, et ne pas faire perdre du ' temps à un amant dont toutes les heures étoient compassées. Au bout d'un temps assez considérable , le pénétrant courtisan s'aperçut, mais ne se le dit qu'à l'oreille, et d'oreille en oreille personne n'en douta plus.
M. de Soubise, instruit à l'école de son père et d'un frère aîné, infi- niment plus âgé que lui, ne prit pas le parti le plus honnête, mais le plus utile. Il se tint toute sa vie rarement à la cour, se renferma dans le gouvernement de ses affaires domestiques, ne fit jamais semblant de se douter de rien , et fea femme évita avec grand soin tout ce qui pouToit trop marquer; mais assidue à la cour, imposant à tout ce qui la com- posoit, dominant les ministres, et ayant tant qu'elle vouloit des au- diences du roi dans son cabinet, quand il s'agissoit de grâces ou de choses qui dévoient avoir des suites , afin qu'il ne parût pas qu'elle les eût obtenues dans des moments plus secrets. Elle se mettoit tout ha- billée aux heures publiques de cour, à la porte du cabinet. Dès que le roi l'y voyoit, il alloit toujours à elle avec un air plus qu'ouvert, mais en quelque sorte respectueux. Si ce qu'elle vouloit dire étoit court, l'audience se passoit ainsi à l'oreille devant tout le monde; s'il y en avoit pour plus longtemps, elle demandoit d'entrer. Le roi la menoit dans le fond du premier cabinet, joignant la pièce où étoit tout le monde , les battants de la porte du cabinet demeuroient ouverts jusqu'à ce qu'elle sortît de ce même côté, et de celui des autres cabinets, et cela s'est toujours passé de la sorte.
Mais le plaisant , c'est que ces portes ne demeuroient ouvertes que pour elle , et se fermoient toujours quand le roi donnoit audience à d'autres dames. Depuis qu'il n'y eut plus rien entre eux, l'amitié et la
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