Page:Mémoires Saint-Simon tome1.djvu/459

La bibliothèque libre.
Aller à : Navigation, rechercher
Cette page n’a pas encore été corrigée


[1698] ÉCLAT DE BARBEZIEUX. 413

rrages qui auroient dû même être faits depuis longtemps : la chapelle de Versailles, l'église des Invalides et l'autel de Notre-Dame de Paris, Ce dernier étoit un vœu de Louis XIII , fait lorsqu'il n'avoit plus le temps de l'accomplir, et dont il avoit chargé son successeur qui avoit été plus de cinquante ans sans y songer.

Il permit aussi à Mme de Blansac de reparoître à la cour, et de voir Mme la duchesse de Chartres qui en eut une grande joie. Celle de la maréchale de Rochefort fut tôt après troublée par l'apoplexie de son fils dont il eut attaques sur attaques. G'étoit fort peu de choses à la valeur près, et un jeune homme excessivement débauché.

M. de Barbezieux finit l'année par un éclat dont il se seroit pu passer. Il avoit, comme on l'a vu , épousé Mlle d'Alègre. Il la traitoit comme un enfant , et ne se contraignoit pas de ses galanteries et de sa vie accou- tumée. M. d'Elbœuf, comme on l'a vu encore, en fit l'amoureux à grand bruit pour insulter Barbezieux. La jeune femme, piquée de la conduite de son mari à son égard, crut de mauvais conseils et rendit son mari jaloux. Il s'abandonna à celte passion, tout lui grossit, il crut voir ce qu'il ne voyoit point, et il lui arriva ce qui n'est jamais arrivé à per- sonne, de se déclarer publiquement cocu, d'en vouloir donner les preuves, de ne le pouvoir, et de n'en être cru de qui que ce soit. On n'a jamais vu homme si enragé que celui-là, de ne pouvoir passer pour cocu. Tout ce qui se trouva ne fut qu'imprudences , étourderies et folie d'une jeune innocente sottement conseillée , qui veut ramener par où on les égare , et ce fut tout. Mais Barbezieux furieux ne fut plus capable de raison. Il pria d'Alègre par un courrier qu'il lui dépêcha en Auver- gne de revenir sur-le-champ , et la lettre fut si bien tournée, qu'Alègre qui n'étoit pas un habile homme, ne douta pas que ce ne fdt pour quelque grand avancement que son gendre lui procuroit. Il fut donc étrangement surpris en arrivant, quand il apprit de quoi il s'agissoit. Les séparer, il le falloit bien dans la crise où l'aiïaire étoit tombée. Mme de Barbezieux étoit prisonnière chez son mari et malade. Le mari prétendoit qu'elle la faisoit, et vouloit la mettre dans un couvent; le père et la mère la vouloient garder chez eux. Enfin , après un grand vacarme , et pour fort peu de chose , le roi, fort importuné du beau- père et du gendre , décida que Mme de Barbezieux iroit chez son père et sa mère jusqu'à entière guérison, après laquelle ils la mèneroient dans un couvent en Auvergne. Pour le bien , Barbezieux le remit tout entier, et s'en rapporta à d'Alègre, de ce qu'il conviendroit pour l'édu- cation et l'entretien de ses deux filles. On plaignit fort d'Alègre, et sa fille encore plus, et on tomba rudement sur Barbezieux. Ce qu'il fit encore de plus mal, ce furent les niches de toutes les sortes qu'il s'appliqua depuis à faire à d'Alègre , et d'y employer l'autorité et le crédit de sa charge.

�� �