Page:Marivaux - Théâtre, vol. I.djvu/239

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seulement afin qu’on n’ose pas vous en faire, et pour cet effet prenez vos lettres de noblesse.

ARLEQUIN prend les lettres.

Têtubleu, vous avez raison, je ne suis qu’une bête : allons, me voilà noble, je garde le parchemin, je ne crains plus que les rats qui pourraient bien gruger ma noblesse ; mais j’y mettrai bon ordre. Je vous remercie, et le Prince aussi ; car il est bien obligeant dans le fond.

LE SEIGNEUR

Je suis charmé de vous voir content ; adieu.

ARLEQUIN

Je suis votre serviteur. (Quand le seigneur a fait dix ou douze pas, Arlequin le rappelle.) Monsieur, Monsieur !

LE SEIGNEUR

Que me voulez-vous ?

ARLEQUIN

Ma noblesse m’oblige-t-elle à rien ? car il faut faire son devoir dans une charge.

LE SEIGNEUR

Elle oblige à être honnête homme.

ARLEQUIN, très sérieusement.

Vous aviez donc des exemptions, vous, quand vous avez dit du mal de moi ?

LE SEIGNEUR

N’y songez plus, un gentilhomme doit être généreux.

ARLEQUIN

Généreux et honnête homme ! Vertuchoux ! Ces devoirs-là sont bons ! je les trouve encore plus nobles que mes lettres de noblesse. Et quand on ne s’en acquitte pas, est-on encore gentilhomme ?

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