Page:Marivaux - Théâtre, vol. I.djvu/30
SILVIA, tristement.
J’ai toujours eu du malheur.
ARLEQUIN, tristement aussi.
Qu’est-ce que vous avez, ma chère amie ?
SILVIA
C’est que cette Fée est plus belle que moi, et j’ai peur que notre amitié ne tienne pas.
ARLEQUIN, impatiemment.
J’aimerais mieux mourir. (Et puis tendrement.) Allez, ne vous affligez pas, mon petit cœur.
SILVIA
Vous m’aimerez donc toujours ?
ARLEQUIN
Tant que je serai en vie.
SILVIA
Ce serait bien dommage de me tromper, car je suis si simple. Mais mes moutons s’écartent, on me gronderait s’il s’en perdait quelqu’un : il faut que je m’en aille. Quand reviendrez-vous ?
ARLEQUIN, avec chagrin.
Oh ! que ces moutons me fâchent !
SILVIA
Et moi aussi, mais que faire ? Serez-vous ici sur le soir ?
ARLEQUIN
Sans faute. (En disant cela il lui prend la main et il ajoute : ) Oh les jolis petits doigts ! (Il lui baise la main et dit : ) Je n’ai jamais eu de bonbon si bon que cela.