Page:Marivaux - Théâtre, vol. I.djvu/31

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SILVIA rit et dit. Adieu donc. (Et puis à part.) Voilà que je soupire, et je n’ai point eu de secret pour cela.

Elle laisse tomber son mouchoir en s’en allant. Arlequin le ramasse et la rappelle pour lui donner.

ARLEQUIN

Mon amie !

SILVIA

Que voulez-vous, mon amant ? (Et puis voyant son mouchoir entre les mains d’Arlequin.) Ah ! c’est mon mouchoir, donnez.

ARLEQUIN le tend, et puis retire la main; il hésite, et enfin il le garde, et dit :

Non, je veux le garder, il me tiendra compagnie. Qu’est-ce que vous en faites ?

SILVIA

Je me lave quelquefois le visage, et je m’essuie avec.

ARLEQUIN, en le déployant.

Et par où vous sert-il, afin que je le baise par là ?

SILVIA, en s’en allant.

Partout, mais j’ai hâte, je ne vois plus mes moutons ; adieu, jusqu’à tantôt.

Arlequin la salue en faisant des singeries, et se retire aussi.


[modifier] Scène VI

LA FÉE, TRIVELIN


La scène change, et représente le jardin de la Fée.

LA FÉE

Eh bien ! Notre jeune homme, a-t-il goûté ?

TRIVELIN

Oui, goûté comme quatre : il excelle en fait d’appétit.

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